Retour à l'islam

A la reconquête de l'identité islamique authentique et décomplexée !

samedi 17 janvier 2009

Déclaration de Benjamin Franklin à propos des dangers de l´immigration juive en Amérique - 1789

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Déclaration de Benjamin Franklin à propos des dangers de l´immigration juive en Amérique - 1789


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" Un grand danger guette les États-Unis d'Amérique.

Il s'agit des juifs !

Messieurs ,

Dans chaque terre ou les juifs se sont installés, ils ont abaissé le niveau de l' honnêteté commerciale. Ils ont formé bande à part en refusant de s´intégrer. Ils ont crée un État dans l´État, et quand on s´oppose à eux ils essaient d´étouffer le pays financièrement, comme jadis au Portugal et en Espagne.

Pendant plus de 1700 ans, ils se sont plaints de leur sort, c´est-à-dire d´avoir été chasses de leur partie, mais, Messieurs, si le monde civilisé d´aujourd’hui leur rendait la Palestine et tous leurs biens, ils trouveraient aussitôt des raisons pour ne pas y retourner. Pourquoi ?

Parce que ce sont des vampires, ils doivent vivre avec les Chrétiens et avec ceux qui ne sont pas de leur race. "

" S´ils ne sont pas exclus des États-Unis par la constitution, dans moins de 100 ans, ils s´infiltreront dans notre pays en si grand nombre qu´ils finiront par nous gouverner, par nous détruire et changer notre forme de gouvernement pour lequel nous, Américains, avons versé notre sang et sacrifié notre vie, nos biens et notre liberté.

Si les Juifs ne sont pas exclus, dans 200 ans, nos enfants seront amenés a travailler dans les champs pour nourrir les Juifs qui, eux, resteront bien chez eux a se frotter les mains de bonheur."

" Je vous avertis , Messieurs , que si vous ne chassez pas les Juifs a tout jamais , les enfants de nos enfants vous maudiront dans votre tombe.

Leurs idées ne sont pas pareilles à celles des Américains même s´ils vivent avec nous pendant des générations. Tout comme le léopard ne peut changer ses taches. "

" Les Juifs sont un danger pour ce pays et si on leur permet d´y entrer, ils mettront en danger nos institutions. ils doivent être exclus par la Constitution. "





vendredi 2 janvier 2009

Imam Hossein (as)

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L'Imam Hossein (as) : Prince des Martyrs !


imam_hossein_a__005L'Imam Hossein (Seyyidou-Shohadâ "Le seigneur des martyrs") le 2ème fils de l'Imam Ali et Fâtimah, est né en l'an 4 de l'Hégire; après le martyre de son frère, l'Imam Hassan el-Mojtabâ, il devint Imam par Ordre divin et selon la volonté de son frère. L'Imam Hossein fut Imam pour une période de 10 ans, dont la totalité, excepté les 6 derniers mois, coïncida avec le califat de Mou'awiyah.

L'Imam Hossein vécut dans des conditions de répression et de persécution des plus pénibles. Ceci parce que les lois religieuses avaient perdu beaucoup de leur poids et de leur crédit, alors que les édits du gouvernement omeyyade avaient acquis une puissance et une autorité totale.

De plus, Mou'awiyah et ses collaborateurs utilisèrent tous les moyens possibles pour écarter définitivement du pouvoir la sainte famille du Prophète (Ahl el beyt) et leurs partisans (chiites), et supprimer ainsi le nom de Ali et celui de sa famille. Par-dessus tout, Mou'awiyah voulait renforcer l'assise du califat de son fils, Yazid, auquel une grande partie des musulmans était défavorable, en raison de son manque de principes et de scrupules. Afin d'écraser toute opposition, Mou'awiyah prit de nouvelles mesures plus sévères. L'Imam Hossein dut endurer toutes sortes d'humiliations de la part de Mou'awiyah et de ses collaborateurs; jusqu'à ce qu'au milieu de l'année 60, Mou'awiyah mourut et que son fils Yazid prit sa place.

Prêter allégeance (bay'ah) était une vieille pratique arabe accomplie dans les occasions importantes, telles que l'intronisation d'un nouveau roi. Ceux qui étaient gouvernés, et surtout les plus connus d'entre eux, donnaient leurs mains en signe d'allégeance, de consentement et d'obéissance à leur prince ou leur roi, leur manifestant ainsi leur approbation. Le désaccord après l'allégeance était considéré comme un déshonneur pour une tribu de même que résilier un contrat après l'avoir signé officiellement était considéré comme un crime. Suivant l'exemple du Prophète (saws), les gens pensaient que l'allégeance, quand elle était prêtée librement et non par force, faisait autorité .

Mou'awiyah demanda aux notables de prêter allégeance à Yazid mais n'imposa pas cette requête à l'Imam Hossein, Il avait dit à Yazid dans ses dernières volontés, que si Hossein refusait de prêter allégeance il devait faire comme si de rien n'était, car il avait bien compris les conséquences désastreuses qu'aurait entrainées le recours à la force.

Mais à cause de son orgueil et de sa témérité, Yazid négligea le conseil de son père et, immédiatement après la mort de ce dernier, ordonna au gouverneur de Médine d'obtenir de force un serment d'allégeance de l'Imam Hossein, ou alors d'envoyer sa tête à Damas.

Après que le gouvernement de Médine eût informé l'Imam Hossein de cette demande, ce dernier demanda un délai de réflexion avant de répondre et partit dans la nuit avec sa famille vers la Mecque. Il chercha refuge dans le sanctuaire de Dieu, lieu officiel de refuge et de sécurité. Cet évènement advint vers la fin du mois de Rajeb et le début de Cha'bân de l'an 60 de l'Hégire. Pendant près de 4 mois l'Imam Hossein demeura à la Mecque, en réfugié.

Cette nouvelle se répandit à travers tout le monde islamique. D'une part, beaucoup de personnes qui étaient lasses des iniquités de Mou'awiyah et encore plus mécontentes lorsque Yazid devint calife, écrivirent à l'Imam Hossein et lui exprimèrent leur sympathie. D'autre part, un torrent de lettres commença à affluer, spécialement de l'Iraq et surtout de la ville de Koufa, invitant l'Imam à aller en Iraq et à accepter de prendre la tête de la population locale dans le but de provoquer un soulèvement et de réprimer l'injustice et l'iniquité. Une telle situation était certainement dangereuse pour Yazid.

Le séjour de l'Imam Hossein à la Mecque se prolongea jusqu'à l'époque du pèlerinage, alors que des musulmans de toutes les régions du monde arrivaient par groupes pour accomplir les rites du Hadj . L'Imam découvrit que quelques uns des partisans de Yazid étaient entrés à la Mecque comme pèlerins, avec mission de le tuer pendant les rites du Hadj, à l'aide d'armes cachées sous leurs habits de pèlerins (ihràm).

L'Imam abrégea les rites du pèlerinage et décida de partir. Il se dressa au milieu de la grande foule des pèlerins et, en un bref discours, annonça qu'il s'apprêtait à partir pour l'Iraq. Dans ce discours, il déclara également qu'il tombera en martyr et demanda aux musulmans de l'aider à atteindre le but qu'il s'était fixé et d'offrir leurs vies sur le chemin de Dieu. Le jour suivant, il partit avec sa famille et un groupe de ses compagnons pour l'Iraq.

L'Imam Hossein était déterminé à ne pas prêter serment d'allégeance à Yazid et savait très bien qu'il sera tué. Il était conscient que sa mort était inévitable en face de la puissance militaire effrayante des Omeyyades, favorisée par la corruption dans certains secteurs, le déclin spirituel, le manque de volonté dans le peuple, surtout en Iraq.

Certaines des personnes en vue de la Mecque se tinrent sur le chemin de l'Imam pour le mettre en garde des dangers que comportait son voyage. Il répondit qu'il refusait de prêter allégeance et d'approuver un gouvernement injuste et tyrannique. Il ajouta qu'il savait que, où qu'il aille, il serait assassiné et qu'il quittait la Mecque pour préserver la Maison de Dieu et éviter que son sang y soit versé.

Sur le chemin de Koufa et à quelques jours de marche de la ville, il reçut la nouvelle que l'agent de Yazid à Koufa avait exécuté le représentant de l'Imam dans la cité ainsi que l'un de ses sympathisants bien connu à Koufa. Leurs pieds avaient été attachés et ils furent traînés dans les rues. La ville et les environs avaient été placés sous stricte surveillance et d'innombrables soldats de l'ennemi attendaient Hossein. Il n'y avait pas d'autre choix pour lui que d'avancer vers la mort. Ce fut là que l'Imam exprima sa ferme détermination à aller de l'avant et à mourir en martyr.

A 70 kilomètres de Koufa dans une plaine désertique nommée Karbala, l'Imam et son entourage furent encerclés par l'armée de Yazid : Pendant 8 jours, ils demeurèrent là, alors que l'encerclement se rétrécissait et que le nombre des ennemis augmentait. Finalement l'Imam, avec sa famille et un petit nombre de ses compagnons furent encerclés par une armée de 30 000 soldats.

Durant ces jours, l'Imam fortifia sa position et fit une sélection parmi ses compagnons. La nuit, il appela ses compagnons et, en une brève allocution déclara qu'il n'y avait rien à espérer sinon la mort et le martyre; il ajouta que, puisque l'ennemi n'était intéressé qu'à sa propre personne, il les libérait de toute obligation afin que, s'ils désiraient fuir dans l'obscurité de la nuit ils puissent sauver leur vie.

Ensuite, il ordonna d'éteindre les lumières et la plupart de ses compagnons, qui l'avaient rejoint par intérêt personnel, se dispersèrent. Seuls restèrent une poignée de ceux qui aimaient la vérité - environ 40 parmi ses proches collaborateurs - et quelques uns des Banou Hâchim. De nouveau, l'Imam rassembla ceux qui restèrent et les soumit à une épreuve. Il s'adressa à eux, compagnons et proches hâchimites, leur répétant que l'ennemi ne s'intéressait qu'à sa personne. Chacun pouvait tirer avantage de l'obscurité de la nuit et échapper au danger. Mais cette fois, les fidèles compagnons de l'Imam répondirent, chacun à sa manière, qu'ils ne dévieraient pas un seul instant du chemin de la vérité dont l'Imam était le guide et qu'ils ne l'abandonneraient jamais. Ils dirent qu'ils défendraient sa famille jusqu'à leur dernière goutte de sang et aussi longtemps qu'ils pourraient tenir un sabre à la main.

Au neuvième jour du mois, un dernier ultimatum l'invitant à choisir entre " prêter serment d'allégeance ou la guerre " fut adressé à l'Imam par l'ennemi. L'Imam demanda un délai pour prier toute la nuit et se détermina à entrer dans la bataille le jour suivant. Au 10ème jour de Moharram de l'an 61 (680), l'Imam s'aligna en face de l'ennemi avec son petit groupe de fidèles, de moins de 90 personnes se composant de 40 compagnons, et de 30 membres de l'armée ennemie qui l'avaient rejoint pendant la nuit et le jour de la bataille ainsi que de sa famille hâchimite: enfants, frères, neveux, nièces et cousins.

Ce jour là, ils se battirent jusqu'à leur dernier souffle, et l'Imam, les jeunes hâchimites et ses compagnons tombèrent tous en martyrs. Parmi ceux qui furent tués figuraient 2 enfants de l'Imam Hassan, qui n'étaient âgée que de 13 et 11 ans, ainsi qu'un enfant de 5 ans et un nourrisson, tous 2 fils de l'Imam Hossein.

L'armée de l'ennemi, après la fin de la bataille, pilla le harem de l'Imam et brûla ses tentes. Elle décapita les corps des martyrs, les dévêtit et les jeta sur le sol sans les enterrer. Ensuite, elle emmena les membres du harem - des femmes et des filles sans défense - ainsi que les têtes des martyrs, à Koufa Parmi les prisonniers, il y avait 3 hommes de la famille de l'Imam : un de ses fils, âgé de 22 ans, qui était très malade et incapable de bouger, Ali Ibn Hossein (dit Zeyn el Abidine), le futur 4ème Imam, le fils de ce dernier, alors âgé de 4 ans, Mohammed ibn Ali (dit El Baqer), qui devait devenir le 5ème Imam et enfin Hassan Moçannâ, le fils du 2ème Imam qui était également le beau-fils de l'Imam Hossein et gisait blessé pendant la bataille, parmi les morts. Il fut trouvé presque mourant et grâce à l'intervention d'un général ne fut pas décapité. On l'emmena plutôt avec les prisonniers à Koufa et de là à Damas pour paraître devant Yazid, maudit soit-il.

L'événement de Karbala, la capture des femmes et des enfants de la Maison du Prophète (saws), leur déplacement de ville en ville comme prisonniers et prisonnières et les discours prononcés par Zeyneb, la petite fille du Prophète (saws), ainsi que par le 4ème Imam, tous deux au nombre des prisonniers, provoquèrent la disgrâce des Omeyyades. De tels abus envers la famille du Prophète (saws) neutralisèrent la propagande soutenue par Mou'awiyah depuis des années. L'affaire prit de telles proportions que Yazid désavoua et condamna publiquement les actions de ses agents.

L'événement de Karbala joua un rôle majeur dans le renversement du gouvernement omeyyade, bien que son effet fut retardé. Il renforça également les racines du chi'isme. Comme conséquence immédiate, il y eut les révoltes et les guerres sanglantes qui se poursuivirent pendant 12 années. Parmi ceux qui causèrent la mort de l'Imam, aucun ne put échapper à la vengeance punitive.

Quiconque étudie attentivement la vie de l'Imam Hossein et de Yazid et les conditions régnant à l'époque, se convaincra que l'Imam Hossein n'avait d'autre choix que de se faire martyriser. Jurer serment d'allégeance à Yazid aurait signifié une démonstration publique de mépris envers l'Islam, chose impossible pour l'Imam. Car Yazid, non seulement ne manifestait aucun respect pour l'Islam et ses commandements mais encore, foulait publiquement au pied, sans la moindre pudeur, ses fondements et ses lois. Les prédécesseurs, même s'ils s'opposaient aux règles religieuses, le faisaient toujours en conservant les apparences de la religion : ils respectaient la religion au moins dans ses formes extérieures. Ils s'enorgueillissaient d'être des Compagnons du Prophète (saws) et des autres saints personnages en lesquels le peuple avait confiance.

De ceci, on peut conclure du caractère erroné de l'opinion de certains interprètes de ces évènements selon qui les 2 frères Hassan et Hossein, avaient des goûts différents, l'un choisissant la voie de la paix et l'autre la voie de la guerre, de sorte que l'un des frères fit la paix avec Mou'awiyah tout en étant fort d'une armée de 40 000 hommes, alors que l'autre partit en guerre contre Yazid avec une armée de 74 hommes. Nous voyons que le même Imam Hossein qui refusa de prêter serment à Yazid pour un jour, vécut pendant 10 ans sous le gouvernement de Mou'awiyah de la même manière que son frère qui endura aussi pendant 10 ans le règne de Mou'awiyah, sans s'opposer directement à lui, mais au-delà de certaines limites, l'honneur commande la révolte !


Source : http://www.albouraq.org/ahloulbayt/biog3imm.htm



Ziaret al-hussein

samedi 1 novembre 2008

L'islam et la Révolution algérienne de 1954

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L'islam et la Révolution algérienne du 1er novembre 1954



Par Ahmed Ben Bella
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Bismillahi-rahmani-rahim

Si l'on veut comprendre le rapport de l'Islam avec la révolution du 1er novembre 1954, il faut l'intégrer dans une réflexion plus large couvrant la période de l'occupation coloniale. C'est en effet, au rythme d'une révolution armée par décennie que la lutte contre l'occupant français s'est poursuivie sans relâche. La révolution du 1er novembre ne se différenciant de ses précédentes que parce qu'elle fut victorieuse.

La permanence de la lutte

Depuis pratiquement le début de l'occupation coloniale en 1830 et jusqu'à 1847, l'émir Abdelkader leva le flambeau de la libération et mena une lutte souvent victorieuse contre le colonialisme français. Vers 1860, la première révolte armée des Ouled Sidi Cheikh dans le Sud Oranais, menaça sérieusement le présence française en Algérie; lutte reprise en 1882 par les Ouled Sidi Cheikh avec la même intensité. Entre temps, en 1871, éclatait la révolution d'El Mokrani, dans l'Est algérien, qui faillit bien tout emporter. Encore ne s'agit-il ici que des révolutions armées ayant un caractère global, national, voire maghrébin, puisque la lutte de l'émir Abdelkader déterminera un conflit armé entre la France et le Maroc avec la bataille d'Isly qui se déroula non loin de la frontière algéro-marocaine.

Il y eut bien d'autres luttes armées qui, même si elles furent de moindre importance, n'en constituèrent pas moins un sujet de préoccupation sérieux pour le colonialisme français. Le soulèvement du Dahra s'étendit sur plus de 200 kilomètres entre Ténès et Mostaganem et auquel fut lié le nom de Boumaza; le soulèvement de Zaatchas dans l'Est algérien lié au nom de Bouziane; celui de Marguerite près de Miliana, de Flatters dans le Sahara, les soulèvements des Aurès et des environs de Tlemcen en 1914 contre l'institution du service militaire pour les Algériens.

L'énumération qui précède n'a d'autre objet que celui de souligner une permanence : l'élan irrésistible de tout un peuple dans son combat contre l'occupant étranger. Ce peuple paiera un prix effroyablement élevé le droit de redevenir enfin maître de sa destinée. Deux millions d'Algériens et d'Algériennes sur les 4 millions que comptait alors l'Algérie de 1830, seront fauchés lors des 15 années de la lutte menée par l'émir Abdelkader. Récemment, au cours de la Révolution de Novembre 1954 qui prit fin en 1962, sur 8 millions, l'Algérie se verra amputée de 1 million et demi de ses enfants. A ces chiffres astronomiques, il faut ajouter les centaines de milliers d'autres victimes qui ont péri lors des 2 soulèvements des Ouled Sidi Cheikh, en 1869 et 1880, dont chacun dura plus de 2 ans; celles du soulèvement armé de Mokrani qui embrasa presque toute l'Algérie. Qui pourra faire le sinistre décompte de ces morts, de ceux du Dahra, de Zaatchas, de Marguerite, des Flatters, des Aurès et de bien d'autres combats encore...?

La révolution armée du 1er novembre 1954 s'inscrit dans cette mouvance permanente : le refus global d'un peuple à se soumettre, à plier devant la force brutale et meurtrière d'un colonialisme tout puissant, bardé de sciences et de technologies.

L'invariance : l'Islam

Parfois, ce peuple fut obligé de reculer devant la force aveugle et barbare de la supériorité des engins de mort lancés contre lui; ses ressorts, tendus à l'extrême, avaient besoin, de temps en temps d'une pause, pour ne pas se rompre, pour ne pas se briser définitivement. Mais, répondant à un appel lancinant, parfois ténu, surgi du plus profond de lui-même, le peuple algérien fit face à son destin, reprenant aussitôt son combat pour renaître, pour imposer son droit à la vie. Pour cela, il dût puiser cette volonté de lutter et de combattre dans les limites extrêmes de ses sources physiques et morales. Un facteur irrigua en permanence ce comportement, impulsa ces ressorts mentaux: l'Islam. Dans ce terreau fécond s'ancrent nos motivations profondes, nos latences. C'est notre sanctuaire. Quand il nous faut accomplir un geste capital, un effort suprême, quand le mur de nos certitudes s'effondre, que les coups pleuvent sur nous et que notre être profond est menacé, c'est vers ce sanctuaire que nous nous tournons, que nous cherchons refuge, pour reprendre notre souffle, pour puiser la force de poursuivre le combat.

C'est là une réalité qui a fait, qui fait, la texture même de notre vie. Si la colonisation a finalement échoué, cela est dû à un fait irréfragable : l'Islam. Qui n'a pas compris cela, n'a rien compris à la révolution algérienne, n'a pas saisi l'intelligence profonde des événements qui se sont déroulés sur notre terrain. On peut arguer d'autres facteurs qui y ont contribué, en premier lieu, le génie de notre peuple. Certes le peuple algérien cultive une qualité suprême; il est de ceux qui savent dire : Non! Et l'on sait combien les refus, plus que les acquiescements, sanctionnent un sort et déterminent une destinée. "Garde le Mim, et le Mim te gardera" (Min est la première lettre de la négation et du rejet en arabe); c'est tout un peuple aux côtés des Hachems de Abdelkader qui lancera ce dicton à la face du général Bugeaud en 1841. On pourrait énumérer encore bien d'autres traits de caractères innés de notre peuple admirablement doué dans les grands moments. Mais ce ne sont point ces traits caractéristiques, à eux seuls, qui peuvent expliquer toute une histoire, ni encore moins la fonder. Le levier puissant, c'est la base indestructible de notre archéologie, l'élément essentiel de ce subconscient si bien décrit par Jung, de notre psyché, enfoui au tréfonds de notre être et qui, pourtant, commande notre vie.

Ce qui précède a pour but de situer d'emblée le cadre de notre recherche, le sens profond de sa problématique. Ce cadre peut certes, paraître arbitraire, trop exigu, s'agissant de ce qui nous intéresse. En effet, comment traiter de la révolution algérienne sans traiter des causes de la colonisation, de la période turque qui l'a précédée; de la course dans le bassin méditerranéen, et, plus loin, des rapports du monde de l'Islam avec la chrétienté. Les rapports, principalement avec l'Espagne, l'histoire de l'Andalousie musulmane, de la reconquista et l'occupation de Tanger, de la côte nord-africaine par les Portugais, mais surtout par les Espagnols, les enclaves de Mers El Kebir, Oran, Djidjelli, Bône, Djerba et Tripoli qu'ils ont souvent occupées; ces rapports ne forment-ils pas la trame serrée des faits qui vont peser d'une manière décisive sur ce qui se passera par la suite?

Nous voilà ainsi contraints d'élargir le cadre de nos investigations, de fixer avec rigueur un cheminement, de remonter davantage dans le temps et l'espace. Cela seul permet un jugement autorisé. Depuis 13 siècles, le facteur islamique est le noeud gordien de nos latences, le noyau dur de notre identité. Nous sommes le produit des défis qu'il a subi ou fait subir. Le rapport avec le monde chrétien qui fut souvent un rapport d'affrontement n'a pas peu contribué à façonner notre histoire et à dessiner les contours de notre monde actuel. Mais ce rapport n'est pas linéaire, n'est pas fait seulement d'affrontements. Il y eu aussi de grands moments de synthèse, d'ouverture vers l'autre, d'espaces ouverts pour plus de compréhension. Ils coïncident avec les grands moments de notre histoire tout court. Des patrimoines universels, tels les enseignements d'Aristote, de Platon ou de Socrate, par exemple, furent sauvés de l'oubli par les musulmans. Des micro-systèmes culturels virent le jour, tels ceux d'Andalousie, du Grand Mogol ou de la Sicile. C'est là que la quête humaniste prendra mille couleurs, où l'ode à la joie de Schiller eut les échos les plus profonds.

Notre vie, celle de ceux qui nous ont précédé, a été faite de ces moments d'affrontement ou de paix, de négation ou de compréhension; ils viennent s'y fixer en contrepoint pour laisser au fond de nous des marques indélébiles. Un parfum puissant propre à l'Islam, à son génie, à ses constituants essentiels et à son âme s'en dégage. Nous le découvrons également lorsque l'affrontement ou l'apaisement ont un caractère intérieur. Car le monde de l'Islam n'a pas eu seulement affaire à l'autre, celui qui occupe la sphère étrangère; il a eu aussi affaire à lui-même, à ce qui se produisit dans sa sphère intérieure. C'est là une équivalence qui nia pas été suffisamment soulignée. C'est ainsi que la querelle intérieure s'est toujours posée au nom de l'Islam, d'un Islam plus pur, plus authentique. Elle s'est toujours située à l'intérieur, jamais en dehors de l'Islam. C'est là un fait rare, sinon unique, dans l'histoire des hommes.

L'événement du 1er novembre 1954 n'est unique que par le fait qu'il a, cette fois, été sanctionné par la victoire. Il n'est, en lui-même, qu'un continuum des soulèvements armés précédents qui se sont régulièrement succédés au rythme d'un soulèvement, voire de deux soulèvements par décennie, il est le continuum d'une même grande querelle de l'histoire et animé des mêmes motivations.

Les Zaouiyas, âme d'une résistance

Avec l'affrontement du pouvoir ottoman en Algérie, le peuple algérien se mobilise pour faire face à cette nouvelle situation. La résistance s'organise aussitôt autour des confréries religieuses. Ce sont elles qui vont devenir l'âme de cette résistance, respectant en cela une longue tradition. l'origine de ces confréries remonte en effet au VIIIe siècle, alors que des croyants musulmans, engagés dans le djihad, décidèrent de se rassembler en un ribat (ou lien), dans un lieu choisi pour y mener une vie consacrée exclusivement à Dieu et pour combattre dans sa d'oie. Le ribat est d'ailleurs à l'origine des ordres religieux qui se multiplièrent par la suite dans la chrétienté. De ribat, dérive le nom de Marabout (ou celui qui est lié), ce nom ayant donné lieu, du reste, à Rabat, l'actuelle capitale du Maroc.

Au XVe siècle, la notion de ribat prit une grande ampleur au Maghreb, et, sous l'impulsion de chefs spirituels, de nombreuses confréries virent le jour: Tidjaniya, Rahmaniya, Derqaoua, Qadiriya, Djazouliya, Senoussiya etc. Furent également créées des maisons-mères ou zaouiyas. La zaouiya est une véritable institution. C'est autour d'elle que s'ordonne un peu la vie de la région : lieu de prière, de Dhikr (rituel de litanies particulières à chaque zaouiya, à chaque ordre religieux), on y dispense aussi un savoir religieux, et en premier lieu, l'apprentissage du Coran. Mais c'est là aussi que se règlent les conflits, petits et grands, qui surgissent au sein de la communauté, que s'organisent les travaux communs dans les champs etc. Les zaouiyas rayonnent à travers tout le pays et, parfois, hors des frontières, par des institutions relayant la maisonmère, par les Moqqadems, porteurs de son message à ses disciples ou Khouans. Elles constituent un véritable filet enserrant dans ses mailles tout le corps social du pays. Les services fournis par les confréries religieuses sont en principe gratuits et elles vivent grâce aux dons des Zakat ou des Sadaqat.

On a parfois des difficultés à concevoir l'étendue du pouvoir détenu finalement par ces confréries à travers leur réseau d'institutions, des Moqqadems et des Khouans sur les populations rurales et également - encore qu'à un degré moindre-sur les populations citadines. C'est ainsi que les campagnes baignent dans une spiritualité intense, parfois très pure. De là, les nombreux démêlés et avatars des zaouiyas avec la puissance publique et le pouvoir. De là aussi, l'inclinaison de ce dernier à tenter d'en faire des instruments au service de ses desseins. C'est en tout cas ce que s'attachera à faire le colonialisme français, non sans succès parfois.

Le débat sur le contenu

Les confréries religieuses, leurs pratiques religieuses et le contenu de l'Islam qu'elles véhiculent font problème. Elles ont donné lieu à un débat inépuisable qui se poursuit de nos jours encore, bien qu'elles se rattachent à des grands noms, de Salihines, dont la pureté, l'élévation d'esprit et l'ascèse sont unanimement reconnues et respectées de tous. Mais, l'attachement qui confine à l'adoration de ces saints hommes par les fidèles Khouans, certaines pratiques comme les visites aux mausolées, les élevant en instance suprême, en intercesseurs auprès d'Allah, enfreint au dogme essentiel de l'Islam de l'Unicité ou Tawhid; cela aggravé parfois par un charlatanisme aberrant. D'où une forte réaction du mouvement réformiste de la Salafiya impulsé par Abdou en Égypte et son association des oulémas. Réaction dont la critique puise ses arguments dans les enseignements d'Ibn Teymiyah, le grand réformateur du XIIe siècle. Critique également formulée par le wahhabisme et son maître à penser Mohammed Ben Abdelwahhab.

En Algérie, cette réaction prit souvent une forme de confrontation exacerbée. Poussée trop loin, elle parut, un moment, jeter une confusion dangereuse relativement au problème des priorités, des urgences. Fallait-il accorder la priorité à la lutte contre le colonialisme, ou s'attaquer d'abord à purifier le dogme, et, par voie de conséquences, à affronter les confréries ? C'est là un débat qui conduirait, si nous voulions l'engager, à des développements dépassant le cadre de ce propos. Toutefois et selon notre point de vue, l'histoire a déjà tranché.

Ces distorsions n'ont pas empêché les confréries religieuses et surtout leurs disciples, de rejoindre massivement les rangs de la révolution armée du 1er novembre 1954 dont l'ossature cela tout le monde en convient fut surtout campagnarde. Le mysticisme populaire distillé par les zaouïas et dans lequel baignaient les campagnes algériennes, constitua un levier puissant en faveur de la lutte armée, et cela dès les débuts de la révolution, alors que le mouvement salafi marquera de fortes réticences, pour ne pas dire réprobations, ne rejoignant le F.L.N. que plus d'une année après le déclenchement de la révolution.

En 1830, et alors que commence l'ère de l'occupation coloniale, ce sont les confréries, et autour d'elles tout un peuple, qui organisent la résistance ou colonialisme.

La Kadiriya : l'émir Abdelkader

Cette première résistance s'étendra de 1832 à 1847. Un homme exceptionnel incarne l'âme de cette résistance : Abdelkader; qui appartient à la confrérie de la Kadiriya du douar El Guetna, non loin de Mascara, dans l'Ouest algérien et au Sud d'Oran. En Avril 1832, les tribus se réunissent pour se fédérer et proclamer le djihad (guerre sainte) pour chasser les troupes françaises d'Algérie. Le 21 novembre 1832, ces mêmes tribus se réunissent à nouveau pour choisir un chef. Elles demandent à Si Mahieddine, chef de la zaouiya de la Guetna, de désigner son fils, Abdelkader. A 24 ans, Abdelkader devient le chef de la résistance algérienne. "Si j'ai accepté le pouvoir, dit-il, c'est pour avoir le droit de marcher le premier et de vous conduire dans les combats de Dieu. Je gouvernerai le Livre de la Loi à la main, et, si la loi l'ordonne, referai moi-même, de mes deux mains, une saignée derrière le cou de mon frère". Pendant 15 années, il s'en tiendra à une stricte application de ce principe. Quant à la guerre contre l'occupant français, il la mène au nom du djihad, pour la gloire de Dieu.

Des stances de la veine populaire, conservées par la mémoire collective, exaltent le combat : "C'est moi qui suit El Hadj Abdelkader, fils de Mahieddine, il importe peu que mas sachiez mon nom, je ne vise point à la grandeur... Je ne veux aucun des prestiges auxquels vous pensez... Nous entrerons dans Alger, nous chasserons le kafir...".

Abdelkader organisera le pays en fonction du combat; mais laissons la parole à Louis Lataillade qui en fait la description suivante : "En 1839, le sultanat est divisé en 8 grandes provinces dirigées par les khalifas. A l'intérieur de chacune d'elles, des territoires commandés par les aghas. Puis viennent les tribus avec leurs caïds, des fractions de tribus avec leurs cheikhs. Tous les fonctionnaires sont payés en argent et en nature, de manière à éviter les exactions. Ils ont prêté serment, prélèvent les impôts, la "zakat" sur les bestiaux, l'"achour" sur les moissons. Tout individu qui s'estime lésé a le droit d'en référer à Abdelkader. Les cadis rendent la justice et, en période d'opérations, l'un d'entre eux assisté de 2 'adouls- ses assesseurs - accompagne chaque colonne militaire..."

"La morale publique est étroitement surveillées; la prostitution, le vin, les cartes et même le tabac sont interdits. L'instruction est encouragée par les "zaouiyas..."

Azan, l'un des biographes de l'émir, écrit : "En administration indigène, Bugeaud n'a été que son disciple... L'illustre maréchal si infatué de sa personne, a eu la loyauté de qualifier Abdelkader "d'homme de génie" du haut de la tribune de la Chambre des députés".

Le maréchal Soult ajoutera, pour sa part : "Il n'y a présentement dans le monde que 3 hommes auxquels on puisse légitimement accorder la qualification de "grands" et, tous trois appartiennent à l'Islam. Ce sont Abdelkader, Mohamet Ali et Chamyl". Chamyl est ce héros circassien qui va arracher aux Russes l'indépendance de son pays.

Le pays tout entier est galvanisé, au nom du djihad, dans cette lutte contre l'occupant français. Les dirigeants français tentent alors de s'attaquer à la notion même du t djihad, de la vider de son contenu. Grâce à Léon Roches, l'un des transfuges français ayant rejoint l'émir, allant jusqu'à un simulacre d'islamisation avant de fuir et d'apparaître pour ce qu'il était en réalité : un espion français, une fatwa put être obtenue des universités de la Zitouna er d'El Azhar. Elle était rédigée ainsi :

"Quand un peuple musulman dont le territoire a été envahi par les kouffars, les a combattus aussi longtemps qu'il a conservé l'espoir de les en chasser, et quand il est certain que la continuation de la guerre ne peur amener que misère, ruine et mort pour les musulmans, sans aucune chance de victoire, ce peuple, tout en conservant l'espoir de secouer leur joug avec l'aide d'Allah, peut accepter de vivre sous leur domination, à la condition expresse qu'ils conserveront le libre exercice de leur religion et que leurs femmes et leurs filles seront respectées".

Cette fatwa, qui a trouvé des oulémas pour accepter de l'écrire, ne produira pas les effets escomptés. Le peuple, sous la conduite de l'émir, poursuivra sa lutte sans désemparer.

Abdelkader remportera plusieurs importantes victoires contre l'ennemi français dont l'armée sera défaite au cours de batailles mémorables. A la Macta d'abord, puis à la Tafna. Il luttera ainsi sans répit durant 15 années avant que le sort des armes ne lui soit défavorable. Son combat s'achèvera en 1847, et, après quelques années d'exil, il obtiendra enfin la permission de se rendre avec sa famille en terre d'Islam, à Damas, où il finira ses jours. Disciple mystique d'Ibn 'Arabi, il laissera en outre des écrits d'une haute spiritualité, notamment un Diwan où il écrit :

"Je suis Dieu, je suis créature, je suis seigneur, je suis serviteur;
"Je suis le Trône et la nature qu'on piétine; je suis l'enfer et je suis l'éternité bienheureuse.
"Je suis l'eau, je suis le feu; je suis l'air et la terre;
"Je suis le "combien" et le "comment".
"Je suis la présence et l'absence; Je suis l'Essence et l'attribut; je suis la proximité et l'éloignement; "Tout est mon être; je suis le Seul, je suis l'Unique".

Zaatchas; Mokrani et cheikh El Haddad;
les Ouled Sidi Cheikh et Bouamama

La lutte menée par Abdelkader à peine terminée en 1847 que Zaatchas, dans l'Est algérien, se soulève en 1849. Sous la direction de Bouziane, son chef religieux, cette petite ville mènera un combat héroïque. D'abord tenue en échec, l'armée française mettra 2 années pour en venir à bout, non sans difficulté. Il lui faudra se battre maison par maison. Pas âme qui vive n'échappa au terrible carnage. Pas un homme, pas une femme, pas un vieillard, pas un enfant ne survécut au massacre.

Seuls, rapporte la chronique, les chiens qui, condamnés à errer dans les campagnes alentour et devenus "sauvages", s'attaquèrent aux convois de l'armée française, des années durant.

Les troupes coloniales durent lutter de 1849 à 1852, pour parvenir à occuper la petite Kabylie, mais ce n'est qu'en 1853 que la France put y asseoir son autorité.

En 1864, éclate la révolte des Ouled Sidi cheikh, dans le Sud oranais, qui, sous la direction de leur zaouiya, mettra en danger la présence française en Algérie. Ce n'est qu'après 6 années de combats acharnés que l'armée française parviendra à juguler cette révolte.

En 1869 l'administration militaire fait place à l'administration civile. C'est désormais le règne des colons et les débuts du système de la "colonie de colonisation" qui va mettre l'Algérie en coupe réglée. Si jusqu'ici l'espoir d'une Algérie redevenant elle-même avait persisté, il s évanouissait avec la mainmise des colons sur les terres algériennes. Hugonnet, un général français lucide écrivait le 25 mai 1869 : "La question des Arabes est complètement coulée. Il leur faudra bel et bien ou mourir ou s'expatrier ou prendre la blouse et subir comme salariés la loi du plus fort et du plus roué... Se réveilleront-ils pour le dernier coup de fusil ? Je le souhaite pour leur bonheur...".

Avec El Mokrani qui, en 1871, fera parler la poudre, l'honneur est sauf, général...

C'est en effet le 14 mars 1871 que, sous la direction du bachagha El Mokrani est déclenchée une insurrection dont l'inspirateur et l'âme sera le cheikh El Haddad et la confrérie des Rahmaniya. El Mokrani entraîne derrière lui 150.000 guerriers. Mais la disproportion des forces en faveur des troupes françaises est trop grande; celle des armements l'est davantage, et, l'insurrection échoue. L'administration coloniale frappe fort : près de 50.000 hectares de terre son confisqués et inflige une amende, considérable à l'époque, de 30 millions de francs, sans compter les déportations en Nouvelle-Calédonie.

En 1882, ce sont encore les Ouled Sidi Cheikh qui se révolteront, avec à leur tête, Bouamama. L'insurrection qui sembla un moment, proche de la victoire, échouera finalement après 2 années de combats. Ainsi, de 1864 à pratiquement 1884, 20 années durant, la lutte menée par les Ouled Sidi Cheikh s'était poursuivie.

Le combat contre l'occupant, même s'il revêt un caractère moins intense, n'en continuera pas moins dans le Sahara, lors de l'affaire Marguerite, près de Miliana. Une forte effervescence gagnant le pays à la veille même de la Première Guerre mondiale, alors que les populations algériennes refuseront la conscription et le service militaire obligatoire. Ce fut le cas dans les Aurès et à Tlemcen où 800 personnes choisiront de s'exiler en Syrie pour échapper à cette mesure.

Mais 1945 annonce le 1er novembre 1954

Trente ans à peine séparent ces derniers événements de ceux de 1945 où, à Sétif, Guelma, Kherrata, Héliopolis, 45.000 Algériens trouveront la mort. Et cela au moment même où l'Europe célèbre sa victoire sur l'Allemagne. Victoire dans laquelle les Algériens et lus généralement, les Maghrébins prirent une part importante.

Neuf ans plus tard, enfin, est déclenchée la révolution armée, cette fois victorieuse, du 1er novembre 1954. Après 7 années et demie de lutte, la longue nuit coloniale prenait fin. Le peuple algérien devenait indépendant.

Dans cette longue errance du peuple algérien à la recherche de lui-même, à travers plaines, collines, déserts sablonneux et montagnes, dans ce long parcours parsemé de larges flaques de sang, où l'Islam fut toujours le recours suprême, les confréries religieuses jouèrent un rôle prépondérant. Il n'est pas question de faire ici l'apologie du contenu de l'Islam qu'elles véhiculaient. Non, nous voulons avant tout poser les termes d'une histoire lucide, sans l'encombrer de jugements péremptoires, voire simplistes. Un homme qui nous observe depuis longtemps, Jacques Berque, a dit avec perspicacité : "On aurait tort... de considérer que les diverses formes que revêt alors le mysticisme populaire engagent la totalité de l'Islam maghrébin. Généralement réservé à l'égard du sophisme et des observances locales, l'Islam des oulémas se manifestait aussi vigoureusement, surtout, mais pas seulement dans les villes".

"Appuyé par une grande tradition, redouté et cultivé par le pouvoir colonial. Il pourvoyait généralement aux grandes charges de la "khotba" ou ""prône hebdomadaire", de la Judiciaire" qâdâ ou de la consultation doctrinale "iftâ". Ses dignitaires auront joué, par la force des choses, un rôle d'intermédiaire ou de tampon entre la masse des croyants et les autorités, soit du Beylik ottoman, soit plus tard de l'établissement français. Un tel rôle les engageaient évidemment à des compromis. Cet Islam là, quelque fut sa valeur doctrinale ou morale, entrait dans le siècle et s'exposait à la récupération, tandis que l'Islam maraboutique et confrérique pouvait, lui, se tapir dans des refuges et manifester à l'égard des officiels quelque réserve ou même occasionnellement la révolte.
Ces diverses attitudes, oscillant entre Intransigeance et la collaboration, ne peuvent être correctement appréciés que compte tenu des milieux, des périodes, des circonstances. Elles défient donc tout jugement péremptoire.

"Disons seulement qu'à l 'encontre d'une opinion très répandue aujourd'hui, l'Islam des marabouts et des confréries a généralement assumé, pendant un demi siècle au moins après la conquête d'Alger, une résistance violente ou sournoise, dont l'Islam citadin, par la force des choses, était généralement incapable. Le soulèvement du marabout kabyle Bel Haddad de l'ordre des Rahmaniya (1871), le massacre de la mission Flatters à l'instigation du sénoussisme (1880) illustrèrent dramatiquement entre autres, cette résistance de l 'Islam confrérique et maraboutique à l'impérialisme. Et cela au point de provoquer jusque dans l'imagination française un durable ébranlement. Il est vrai cependant que, par une sorte d'ironie de l'histoire, un ralliement assez général de ces forces, se dessina vers la fin du siècle. Une génération encore et la majorité des marabouts et cheikhs étaient tenus, sans grande chance d'erreur, pour des auxiliaires de l'administration, tandis que les oulémas, surtout citadins, tiraient les premières conclusions de la modernité, marquant ainsi une étape dans la voie de la restitution nationale. J'insistai plus haut sur la convertibilité réciproque des modes. Elle produit, d'époque en époque, des configurations nouvelles et les plus curieux chassés-croisés. La situation que je voudrais évoquer pour finir est toutefois antérieure, et de beaucoup, au retournement de la fin du XIXe siècle. De l'émir Abdelkader, préposé Qâdirite, à Bouamama, en passant par le Medhi Boumaza, par l'illuminé des Derqâwa qui manqua s'emparer un jour de la redoute de Sidi Bel-Abbès, par d'innombrables autres Mehdis, par l'insurrection de la tribu maraboutique des Ouled Sidi Cheikh, par celle de Mokrani et des Rahmaniya Kabyles - bref 50 ans de chronique haletante et sanglante font ressortir, en conjonction avec d'autres facteurs ou dans un isolement épique, la vitalité toujours active de cette sorte d'Islam et les responsabilités qu'il savait prendre à l'égard de l'impérialisme... la société indigène ne reste nullement passive. . . contre les disgrâces qu'elle subit, elle déploie un dynamisme de sauvegarde. Mais trop souvent c'est un dynamisme inversé. contre l'éclatement, la distorsion, l'humiliation, la vieille culture se mobilise sous son signe le plus unanime. La religion prend en charge les attitudes de rassemblement, de récollection... on s'explique que l'initiation confrérique, aux yeux de beaucoup, offre à l'histoire malheureuse une réponse apparemment adéquate... La religion maîtresse du verbe et du souffle, rend au colonisé la conscience d'une identité imprescriptible... Dans les zones où le convoque l'enseignement des cheikhs, plus d'outrage à essayer, plus de bassesses à commettre, plus de bassesses à commettre, plus de mensonges à consentir, plus de bas intérêts à servir, à commencer par les siens propres. Le fidèle, en ce dialogue orgueilleux et humilié, ranime au fond de lui-même l'invariance qui, peut être un jour lui rendra l'histoire par surcroît".

La lutte sous sa forme moderne :
l'Étoile Nord- Africaine

Ce que dit Jacques Berque est important. Cette invariance, tantôt fracassante dans le bruit des combats, tantôt souterraine, va resurgir sous une forme moderne avec la création de mouvements politiques dès la Première Guerre mondiale. C'est le propre petit-fils de l'émir, Abdelkader, l'émir Khaled, qui initie cette nouvelle voie en devenant président de "l'Étoile Nord Africaine", mouvement politique créé en 1926 et regroupant des dirigeants maghrébins. Messali, lui, succédera peu après. Un événement considérable occupe alors l'horizon du Maghreb : la lutte de l'émir Abdelkrim, "notre précurseur" diront Ho Chi Min et Mao Tsé Toung. Abdelkrim qui remporte une victoire écrasante sur les Espagnols à Anoual, faisant 10.000 prisonniers et parvient à faire chanceler la présence française au Maroc. Ce n'est qu'en alliant leurs forces que l'Espagne et la France parviendront péniblement à endiguer l'élan impétueux des moudjahidine d'Abdelkrim.

L'Étoile Nord Africaine, tout d'abord proche du parti Communiste, s'en démarquera, affirmant plus nettement les thèses indépendantistes, alors qu'à l'origine elle avait été créée pour "la défense des intérêts matériels, moraux et sociaux des musulmans nord africains". Dissoute en
1929 parce qu'elle revendiquait l'indépendance pour l'Afrique du Nord, elle reprit son activité en 1935 pour être à nouveau dissoute le 26 janvier 1837.

"L'Étoile, dira Charles André Julien, se distingua des autres partis indigènes par une doctrine à base essentiellement religieuse. . . qu'elle propagea par son journal publié en français "El Ouma"...
L'assemblée générale du 18 mai 1933 précisa son programme. Sur le plan religieux, elle proclama la fraternité et l'unité de l'Islam, affirmée par ses délégués au Congrès Islamo-Européen de Genève du 12 septembre 1935... Sur le plan national, elle revendiqua la reconnaissance de la langue arabe comme langue officielle...".

La situation qui se développe en Afrique du Nord va conduire l'Étoile Africaine à redoubler d'efforts dès 1933. Des manifestations se déroulent en Tunisie contre les naturalisés français, également à Rabat et à Fez contre la promulgation du dahir berbère qui tenta de soustraire les berbères à la législation islamique. L'Algérie ne fut pas en reste avec des manifestations à la suite d'une interdiction aux oulémas de prêcher dans les mosquées.

A l'Assemblée générale qui se tint en mai 1933, des statuts furent élaborés, et un programme adopté, il fut retenir ceci pour ce qui est de la section algérienne : "Notre programme... doit être considéré par nous comme un pacte national liant l'ensemble de la population musulmane algérienne, travaillant avec dévouement et abnégation pour la défense de nos intérêts, nos revendications Médiates et l'indépendante de notre pays.

"Pour notre salut, pour notre avenir, pour occuper une place digne de notre race dans le monde, jurons tous sur le Coran et par l 'Islam de travailler avec acharnement pour sa réalisation et pour son triomphe final.

"Ce programme politique pour l'Algérie est à peu près le même que celui du Maroc et de la Tunisie, évidemment en tenant compte de la position générale de ces deux pays et de leur constitution politique".

En 1934, lors d'un meeting organisé à Paris, l'Étoile Nord-Africaine fait voter une motion qui dit en particulier : "Les musulmans nord-africains, au nombre de 3500 le 19 août 1934, à 14 h 30. . . Après avoir entendu l'exposé des divers orateurs, approuvant sans réserve l'action de l'Étoile Nord Africaine et se déclarant prêts à la soutenir par tous les moyens. Ils stigmatisent avec force la provocation de l'impérialisme français laquelle a engendré à Constantine un drame sanglant. Ils affirment leur solidarité effective et agissante avec les victimes de la répression. Ils déclarent approuver entièrement la fière attitude de nos coreligionnaires qui ont relevé le défi et répondu à la profanation de la mosquée musulmane, à l'insulte des fidèles et de notre vénéré Prophète. Ils s'élèvent hautement contre l'incarnation de plusieurs centaines de nos coreligionnaires innocents et réclament avec force leur libération immédiate, la levée de l'état de siège et de séparent aux cris de : A bas le code infâme de l'indigénat ! A bas les lois d'exception ! A bas la commune mixte du mouchardage de la rue Le Comte ! Vive la lutte émancipatrice des musulmans nord africains ! Vive l'indépendance de l'Afrique du Nord ! Vive l'Islam !".

L'action de l'Étoile, initiée en France, va se transplanter sur le terroir nord-africain en éclatant sous la forme de Néo-Destour en Tunisie, de l'Action Marocaine au Maroc et du Parti du Peuple Algérien (P.P.A.) crée le 11 mars 1937. Le P.P.A. sera d'ailleurs presque aussitôt dissout et ses dirigeants, dont Messali, arrêtés. La coloration arabo-islamique plus prononcée du P.A.A. et de l'Association des oulémas qui est créée en 1931 est, pour une grande part, due à l'influence de Chekib Arslan qui entretient des rapports suivis avec les mouvements nationalistes et religieux en Afrique du Nord. Réfugié à Genève après des déboires avec l'impérialisme français, il fut formé à l'école de Djamal Eddine El Afghani, de Abdou et de Cheikh Reda. Cet homme nommé le "prince de l'éloquence" et qui fut à la tête de la délégation permanente à Genève du Comité syro-palestinien, fondé au Caire en 1921, va jouer un rôle prépondérant dans les événements qui se dérouleront en Afrique du Nord. "En servant d'arbitre dans les confits musulmans, dit de lui Charles-André Julien, en adressant aux chefs de partis des directives permanentes ou des solutions de cas litigieux en multipliant les articles et les correspondances particulières; en publiant une revue en français "La Nation Arabe" largement diffusée de Java au Maroc parmi les élites à qui elles fournit des documents commentés et des bases doctrinales. Chekib Arslan fit de la maison de l'avenue Ernst Hentsch, où il avait installé son bureau d'information, l'ombilic du monde musulman... Singulière personnalité que celle de ce féodal libanais, qui, de son bureau de Genève, distribua 18 ans durant, les mots d'ordre à l'Islam méditerranéen et dont influence survit à toutes les compromissions... Nul plus que lui ne contribua à répandre l'idée que l'Algérie, la Tunisie et le Maroc sont des éléments de la communauté musulmane à laquelle l'unissent la religion, la langue et la culture".

En vérité, Chekib Arslan, qui fut grand à bien des égards, ne répandit point cette idée. Il ne fit qu'oeuvrer à sa résurgence, spectaculairement. Car, de l'émir Abdelkader à El Mokrani et Cheikh El Haddad, de Bouziane des Zaatchas à Boumaza du Dahra, à Bouamama et les Ouled Sidi Cheikh, à tant et tant d'autres pour finir à Messali et cheikh Ben Badis, cette idée même était la semence enfouie aux tréfonds de nous-mêmes, elle impulse nos flux vitaux, détermine l'axiologie de nos mouvements essentiels, nous habite littéralement.

Mahfoud Kaddache dans son livre Histoire du nationalisme algérien, énonce cette vérité relativement au rapport du contenu idéologique du discours de l'Étoile et de l'influence de Chekib Arslan : "...Cette approche du nationalisme arabe, sa prudente réserve à l'égard du communisme sont importantes, à notre avis, si l 'on veut saisir la complexe évolution du nationalisme algérien qui puisait sa source idéologique dans les deux courants, prolétaire et spirituel. Les travailleurs émigrés formés au dur combat de la réalité ouvrière, restaient sensibles au message qui venait de ce qui représentait leur passé et leur attachement à la civilisation arabo-islamique. Ce qui évoquait Damas, Bagdad et le Caire restait pour eux sacré. On le verra plus concrètement lorsque Chekib Arslan, guide du nationalisme arabe, accueillera à Genève Messali et prendre fait et cause pour l'Étoile Nord Africaine".

La filiation orientale

La filiation remonte plus loin encore. Les idées de la Nahda (ou renaissance) qui tire sa substance des enseignements de Ibn Teymiyah ce savant théologien du Houran en Syrie , enseignement repris par Mohammed Ben Abdelwahhab et le wahhabisme dès la moitié du XVIIIe siècle et dont la mis à jour sera faite par Djamal Eddine Al Afghani, Abdou et Cheikh Reda a atteint, par ondes concentriques de plus en plus larges, les confins de l'Afrique du Nord. Le cheikh Abdou fera d'ailleurs deux voyages en Afrique du Nord au début des années 1900. Mais les flux d'idées et de personnes eurent un caractère permanent entre le Moyen Orient et le Maghreb. Dès 1911, le peuple libyen, se solidarisant avec la Turquie et le calife installé à Istanbul, mènera une lutte de résistance contre l'Italie qui déclare la guerre à la Turquie et se propose d'occuper la Libye. Cette résistance durera plus de 20 ans et sera l'une des plus longues, des plus sanglantes et des plus sanglantes et des plus héroïques luttes de libération de notre temps. Elle évoque la très belle figure de Omar el Mokhtar. Des échos de cette lutte sans merci parvenait en Algérie où l'on parlait de moudjahidine prisonniers que l'armée italienne assassinait en les larguant de ses avions. L'un des descendants de l'émir Abdelkader luttait d'ailleurs aux côtés des moudjahidine libyens. Et je me souviens que, traversant marocains, lors de la guerre d'Italie, les souvenirs de cette lutte héroïque me revenaient en mémoire.

Presque au même moment, se trouvent à Istanbul, Al Afghani, Abdallah El Nadhim, égyptien transfuge de la révolte d'Orabi et un Tunisien, Ali Bach Hamba qui se propose de préparer une expédition pour libérer le Maghreb. Il joindra ses efforts à ceux de deux autres Tunisiens : Salah Chérif et Ismaïl Sfai, lesquels en 1915 oeuvrent à partir de Berlin pour l'indépendance des pays maghrébins. Un comité sera créé à Genève pour l'indépendance de l'Algérie et de la Tunisie et l'avènement d'une "République Nord-Africaine".

En 1916, ce comité auquel s'était joint Mohammed, le frère de Ali Hamba, crée la revue "Maghreb". La déclaration en 14 points du Président Wilson est l'occasion pour cette revue de réclamer un référendum en Algérie et en Tunisie qui, écrit elle, "ont toujours formé un seul et même pays... Ce peuple algéro-tunisien n'a pas renoncé à son indépendance...".

Le relais est pris dès 1920 avec la création du Destour de Abdelaâziz Thaâbi, au niveau de la référence arabo-islamique avec une veine Salafi très marquée due aux universités de la Zitouna en Tunisie et la Qaraouiyne à Fès avec le grand théologien Faqih Ben el Arabi Alaoui. Allai El Fassi, qui va bientôt jouer un rôle prépondérant dans les événements qui conduiront à l'indépendance du Maroc, est d'ailleurs un 'alem, professeur de la Qaraouiyne. Ben Badis qui, pour sa part, jouera un rôle central dans la renaissance de la langue arabe en Algérie et, plus généralement, dans la réactualisation des valeurs arabo-islamiques symbolisées par la formule "Un pays, l'Algérie; une religion, l'Islam; une langue, l'arabe", est lui aussi un 'alem sorti des rangs de la Zitouna. En Égypte, le parti Wafd de Saâd Zaghloul voit le jour en 1919 et mène une action pour l'indépendance du pays. L'écho des hauts faits de la résistance parvient en Afrique du Nord, attentive à ce combat pour la dignité. Biladi, biladi, ce chant de Sayed Derwiche est le cri de ralliement de tout un peuple. Repris en Algérie par les scouts musulmans, toute une jeunesse en fera le chant nationaliste par excellence. Et les mêmes paroles, les mêmes airs dédiés à la liberté et la dignité entendus au Caire, en Syrie, au Liban, en Palestine et ailleurs dans le Moyen-Orient, sont repris chez nous. A travers les distances, une communion s'établit, un même espoir habite les hommes et les femmes.

C'est dans cette même mouvance, signe précurseur de l'éveil d'une conscience en quête d'une manifestation plus affirmée, qu'avaient vu le jour les mouvements des "Jeunes Tunisiens" en 1907, des "Jeunes Algériens" en 1914 et des "Jeunes Marocains" en 1919. Ils seront relayés plus tard par le Mouvement des Étudiants Musulmans Nord-africains qui fera preuve d'une remarquable constance dans la revendication unitaire. Son histoire est indissociable du mouvement national au Maghreb auquel il fournira certains de ses dirigeants les plus lucides et les plus dynamiques. Les résolutions de son congrès de Tlemcen, tenu en 1935, témoigne de cette revendication unitaire. Sa résolution finale réclame la liberté et la préservation du culte musulman, le renforcement de l'enseignement de la langue arabe et l'étude de "l'histoire de l'Afrique du Nord dans les écoles primaires publiques...". Ces mesures, dit-elle, "ne visent pas à créer une unité factice, non et non. Nous nous employons, par contre, à susciter une unité ancienne que l'histoire a enregistré et dont elle a témoigné". La finalité est le développement de la "conscience de l'unité nationale de l'Afrique du Nord qui se fonde sur une mentalité unifiée, une religion unique et des sentiments communs".

Durant cette maturation politique, deux monuments historiques vont jouer un rôle déterminant. Le premier moment se situe en 1930 avec la promulgation du dahir berbère soustrayant les berbères à la juridiction musulmane. Cette promulgation coïncide avec les fastes de la célébration à Alger du centenaire de la prise d'Alger, alors qu'en Tunisie se tient le Congrès Eucharistique de Carthage. Le colonialisme aveugle et triomphant signe ainsi sa triple agression culturelle.

Le Rif (terre de conquête chrétienne) est sillonné par des missionnaires;

Des enfants habillés en croisés défilent dans les rues de Tunis;

A Alger, un peuple fier assiste aux fastes d'un événement qui insulte sa dignité.

Tout le monde musulman se dresse contre l'infamie du dahir. Ce dahir qui, en Algérie, évoque dans les mémoires la vaine tentative de christianisation poursuivie par le cardinal Lavigerie et les pères blancs. La vague de protestations orchestrée par l'Étoile Nord Africaine, le Destour et les milieux nationalistes marocains, entraînera une rectification au dahir en 1934. La triple agression culturelle et la réaction qu'elle provoque dans les trois pays nord africains aboutira à une restructuration du mouvement national. En Tunisie, un fort courant né au sein du Destour aboutira, après le congrès de Ksar Helal en 1934, à la création du Néo-Destour animé par Habib Bourguiba. Au Maroc, l'Action Marocaine voit le jour en 1934 qui groupe Allal El Fassi, Hassan El Ouazzani, Ahmed Balafrej et Omar Abdeljalil. En Algérie, l'Association des Oulémas est créée en 1931 et l'Étoile Nord Africaine, engendrera, avec sa section algérienne, le Parti du Peuple Algérien en 1937, présidé par Messali Hadj.

Le second moment historique est constitué par la deuxième guerre mondiale dont les conséquences détermineront le mouvement de libération nationale.

C'est après la défaite de la France en 1940 par les forces allemandes que les trois pays d'Afrique du Nord prendront le relais dans la poursuite de la guerre aux côtés des alliés. Le rôle des soldats nord africains dans les combats d'Afrique du Nord, d'Italie et de France-soldats nord-africains qui fourniront de nombreux cadres expérimentés dans les luttes de libération futures-provoquera un saut important dans la conscience nationale. En 1943, se constitue au Maroc le Parti de l'Istiqlal présidé par Allal El Fassi. En 1946, le Néo-Destour tunisien se restructure. En Algérie, le mouvement des Amis du Manifeste voit le jour en 1944. L'idée de l'indépendance est alors reprise par toutes les familles politiques, à l'exception du Parti Communiste. Les Amis du Manifeste regroupent les partis sans de Ferhat Abbas, anciens partisans de l'assimilation, l'Association des Oulémas qui jouera un rôle important dans la réactualisation de l'arabo-islamisme bien que ses positions politiques furent timorées, et le Parti du Peuple Algériens qui impulsera l'action des Amis du Manifeste.

Les événements de mai 1945 et les massacres qui firent 45 000 victimes sous la répression sauvage de l'action conjuguée de l'armée française et des colons français, produisirent une fracture définitive. La question du recours à la violence pour réaliser l'objectif ultime de l'indépendance fut, en partie, tranché à ce moment au sein du P.P.A., mouvement national le plus radical et qui sera à l'origine du 1er novembre 1954.

En 1947, le P.P.A. se transforme en Mouvement pour le Triomphe des Libertés démocratiques en même temps que se créée l'Organisation Spéciale, organisme paramilitaire secret. C'est cette Organisation Spéciale, qui fera le geste historique scellant le sort du colonialisme en Algérie le 1er novembre 1954.

Entre temps, certaines dates doivent retenir l'attention. Elles marquent les étapes d'une ascension, d'un déterminisme qui conduira à l'indépendance des 3 pays d'Afrique du Nord.

En cette même année 1945 marquée par les massacres du Constantinois en Algérie, la Ligue Arabe voit le jour. 1947 voit la création de l'État d'Israël alors que 1948 enregistre la défaite des armées arabes. C'est un autre défi qui se pose aux Arabes. Il va peser lourd dans l'avenir de la région qui ne connaîtra plus la paix. Les développements de cette confrontation s'étendront de plus en plus, affectant même le Maghreb. Ce que symbolisera le dernier bombardement de la Tunisie par l'aviation libyen détourné par Israël et d'autres développement où les USA seront directement impliqués comme lors de l'affaire de l'avion égyptien détourné sur une base italienne de l'OTAN à la suite du détournement du bateau Achille Lauro.

Cependant 1947 est aussi l'année de la création de l'État Islamique du Pakistan.

Dès 1946 et la création de la Ligue Arabe, des dirigeants nationalistes tunisiens vont commencer à s'établir au Caire, initiant une démarche qu'emprunteront les uns après les autres, tous les dirigeants nationalistes du Maghreb. Habib Thameur, Youssef Rouisi, Rachid Driss seront bientôt suivis pas Bourguiba, Allai El Fassi, Abdelkhalek Torres du Rif et Chadli Mekki du PPA algérien.

L'arrivée au Caire de l'émir Abdelkrim en 1947 va donner une impulsion importante au regroupement des Maghrébins pour la revendication de l'indépendance. Il forme, avec les autres dirigeants nationalistes, un Comité de Libération du Maghreb. La charte adoptée réaffirme l'appartenance du Maghreb à l'Islam et au monde arabe.

La création d'Israël en 1947 et la défaite des armées arabes en 1948 sera douloureusement ressentie dans les consciences des peuples arabes. Deux événements vont jouer un rôle considérable dans la lutte de libération Le premier est l'indépendance de la Libye en 1964, le second est la Révolution de juillet en 1952 en Égypte. L'Africa Corps avait abandonné en Libye un armement important et c'est dans cet immense lot d'armes hétéroclites que l'Organisation Spéciale du P.P.A. (Parti du Peuple Algérien) va, après mille difficultés d'acheminement prélever quelques 300 malheureux mousquetons italiens "Statti". Ils seront le détonateur du 1er novembre 1954 qui fera voler en éclat l'édifice colonialiste construit en 132 ans. Nasser et la Révolution de juillet 1952 tout d'abord, puis d'autres ensuite, pourvoiront au reste et permettront à la lutte de se poursuivre et de se terminer par une victoire.

Pendant ce temps, l'Afrique du Nord est entrée en ébullition. La dissolution du ministère Chenik, les arrestations massives de dirigeants tunisiens donnent le signal à une agitation populaire qui débouchera sur de violents affrontements puis sur une lutte de libération nationale et finalement sur l'autonomie puis l'indépendance du pays en 1956.

La déposition de Mohammed V va déterminer un processus semblable, débouchant également en 1956 sur l'indépendance.

La crise du mouvement national en Algérie, accentuée par le fait de la lutte de libération au Maroc et en Tunisie, alors que l'Algérie semblait en léthargie, déterminera le déclenchement de la révolution armée du 1er novembre 1954. La lutte sera synchronisée, avec plus ou moins de bonheur, avec celle des peuples frères tunisiens et marocain.

Dans la proclamation, le F.L.N. dans l'article premier de son programme, pose la revendication de l'indépendance nationale par "la restauration de l'État souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques".

Cette lutte impitoyable, épuisante, le peuple algérien la mènera en s'arc-boutant sur ses ancrages arabo-islamiques. Chaque fait, chaque circonstance est interprétée par référence à ce patrimoine. Le soldat pour la liberté s'appelle moudjahid c'est d'ailleurs le nom donné à l'organe de presse officiel de la Révolution algérienne: El Moudjahid qui se perpétue de nos jours encore-le mort pour la patrie s'appelle chadid et les combats s'engagent au cri de Allah Akbar fusant tel un trait de feu lancé à la face de la barbarie et de la tyrannie. L'actualité est ainsi soumise à une lecture coranique permanente. Aussi permanente que la référence à l'émir Abdelkader, à Mokrani, à Bouamama et à Boumaza, parallèlement à l'autre lecture axiale en référence à notre Prophète Mohammed, aux califes Abou Bakr, Omar, Othman, Ali et aux grandes figures du Djihad tels Abdel-Mounem ou Tarik Ibn Ziad.

Des tréfonds de nos âmes, resurgissent intacts les souvenirs, les hauts faits insérés aussitôt dans la trame de la vie de tous les jours, au fond des dechras comme sur les chemins de crête lumineux.

Égrenés comme un chapelet de perles, les noms de l'émir Abdelkader, Mokrani, Boumaza, Bouamama, Bouziane et tant et tant d'autres noms, Lalla Khadidija la Kabyle, l'émir Khaled... engrangés les moissons de nos certitudes à travers l'Étoile Nord Africaine, le Parti du Peuple Algérien, le MTLD, l'Organisation Spéciale, le CRUA et le FLN; un langage s'est conservé, un message s'est transmis, une invariance s'est perpétuée.

Le rapport de l'Islam avec la Révolution algérienne est là, en contrepoint, irréfragable. Il est dans cette mouvance ininterrompue entre le Maghreb et le Machreq. Il est dans les yeux rivés sur la Kaâba et un tombeau à Médine. Il est-cela doit être souligné-dans l'attitude magnanime du peuple algérien vis-à-vis des Français, au lendemain même de sa victoire. Il est encore, telle une estampille indélébile sur toutes les chartes, toutes les constitutions, tous les textes fondamentaux de l'après indépendance. Et même lorsque nous paraissons nous en éloigner le plus, lorsque par exemple, le développement se confond avec son contraire et que l'agression culturelle, sous couvert de modernité, se fait triomphante, c'est justement à ce moment là que se produit la récurrence. A ce moment là, notre jeunesse dans une vague irrésistible atteignant toute la terre d'Islam, construit et emplit les mosquées. Alors. à nouveau, notre passé, intensément, resurgit et revit en nous, emplissant notre espace et fondant notre imaginaire redevenu créatif et s'élève, fuse dans l'arc en ciel de ce mot magique: Allah Akbar.

Bien sûr, il nous faut réactualiser, raccorder aux nécessités pluridimensionnelles de notre temps; bien sûr, il nous faut faire preuve d'imagination par un Ijtihad renouvelé et vivant et pour élaborer un projet de civilisation convaincant; bien sûr, il nous faut développer ce qui a fait les grands moments de l'Islam: la tolérance; oui, tout cela est vrai et il nous faudra oeuvrer longtemps encore pour trouver des réponses satisfaisantes aux graves questions qui nous interpellent. Mais, au fond de nous-mêmes, quelque chose d'important s'est remis en marche. La récurrence se produit parfois même là où on l'attendait le moins.

En effet, qui peut dire l'influence qu'a pu produire sur Messali le fait qu'il ait appartenu dans sa jeunesse à la confrérie des Derkaouas? Sur Aït Ahmed, qui lui-même a vécu dans la maison de ses parents, la vie d'une confrérie kabyle? Ou sur moi-même, le fait que mon père ait été Mokkadem de la confrérie des Mouqahliya (fusiliers)? Le fait que durant toute ma jeunesse, j'ai vécu dans une atmosphère imprégnée du Dikr de Khalti Mama, la femme de mon oncle qui s'est éteinte il y a quelques années seulement à l'âge de cent quarante ans et qui, faisant partie de la confrérie de Sidi El Habri, se levait chaque jour vers 3 heures du matin pour ses prières et jeûna un jour sur trois tout au long de sa vie. Toute mon enfance a été imprégnée de cette atmosphère, si bien qu'aujourd'hui encore, il me suffit de faire le silence en moi et de prêter l'oreille pour que la douce musique du Dikr de Kahlti Marna s'élève, émouvante, au fond de moi.

Oui, le message de l'Islam doit être un message de tolérance et de paix.

Oui, il nous faut répéter sans désemparer ce cri lancé au général Gérard par l'émir Abdelkader "Qu'on apprenne enfin à connaître ma religion".

Oui, il nous faut toujours nous inspirer de la valeur et du sens des mots du message de l'Émir au roi des Français :

"Grand roi des Français! Dieu nous a désignés l 'un et l'autre... Il nous a imposé l'obligation de rendre nos sujets heureux... on me dit : signe ou ne signe pas, mais ton refus sera la guerre. Eh bien! moi, je ne signe pas et je veux la paix rien que la paix... Si la guerre éclate à nouveau, plus de commerce... plus de sécurité pour tes colons. Je n'ai pas l'orgueil de croire que je pourrai tenir tête ouvertement à tes troupes, mais je les harcèlerai sans cesse... J'aurai pour moi la connaissance du pays, la frugalité et le dur tempérament des Arabes... Si au contraire tu veux la paix, nos deux pays n'en feront plus qu'un, le moindre de tes sujets jouira de la sécurité la plus absolue, le commerce deviendra réellement libre, nos deux peuples se mêleront chaque jour davantage..."

Oui, certes il nous faudrait constamment méditer ce message de paix. Mais, est-il incompatible avec cette quête sacrée de rester nous-mêmes, et ceci n'épouse-t-il pas cela pour donner son véritable sens à la paix? Pardelà le temps, l'espace, les conflits momentanés et, bien que les modes et les emplois doivent être interprétés différemment pour une adéquation véritable, les paroles de notre regretté Moufdi Zakaria, auteur de notre hymne national, prononcées lors du 4e Congrès de l'Association des Étudiants Nord-Africains à Tlemcen en 1935, ne demeurent-elles pas encore vivantes en nous. Et ne sommes-nous pas tous un peu ces étudiants de 1935 quand il dit :

"J'ai foi en Allah comme divinité, dans l'Islam comme religion, dans le Coran comme Imam, dans la Kaâba comme mausolée, dans notre Seigneur Mohammed - bénédiction et salut d'Allah sur lui- comme Prophète et dans l'Afrique du Nord comme patrie une et indivisible.

"Je jure sur l'Unicité de Dieu que j'ai foi dans l'unicité de l'Afrique du Nord pour laquelle j'agirai tant qu'il y aura en moi un cur qui bat, un sang qui coule et un souffle chevillé au corps.
"L'Islam est notre religion, l'Afrique du Nord notre patrie et l'arabe notre langue.

"Je ne suis ni musulman, ni croyant, ni Arabe si je ne sacrifie pas mon être, mes biens et mon sang pour libérer ma chère patrie (l'Afrique du Nord) des chaînes de l'esclavage et la sortir des ténèbres de l'ignorance et de la misère vers la lumière du savoir, de la prospérité et d'une vie heureuse.

"Tout musulman en Afrique du Nord, croyant en l'unicité de celle-ci, croyant en Dieu et en son Prophète est mon frère et partage mon âme. Je ne fais aucune distinction entre un Tunisien, un Algérien, un Marocain; ni entre un Malékite, un Hanéfite, un Chaféite, un Ibadite et un Hanbalite : ni entre un Arabe et un Kabyle, un citadin et un villageois, un sédentaire et un nomade. Tous sont mes frères, je les respecte et les défend tant qu'ils oeuvrent pour la cause de Dieu et de la patrie. Si je contreviens à ce principe, je me considérerai comme le plus grand traître à sa religion et à sa patrie.

"Je considère quiconque agit pour la division entre les différentes composantes de ma patrie (l'Afrique du Nord) comme le plus grand ennemi de ma patrie et le mien propre. Je le combattrai par tous les moyens, même s'il s'agit du père qui m'a engendré ou de mon frère de père et de mère.

"Ma patrie est l'Afrique du Nord, patrie glorieuse qui a une identité sacrée, une histoire somptueuse, une langue généreuse, une noble nationalité, arabe. Je considère comme exclus de l'unité de ma patrie et exclu de la communauté des musulmans quiconque serait tenté de renier cette nationalité et de rejeter cette identité. Il n'aura qu'à rejoindre la nationalité des autres, en apatride qu'on recueille. Il encourra la colère de Dieu et celle du peuple.

"La distinction s'est opérée entre la lucidité et l'erreur. Ni politique d'assimilation, ni politique de défi . Nous revendiquons un droit usurpé et un patrimoine confisqué. Qu'il nous suffise de les recouvrer. Il ne peut y avoir d'autre alternative : être patriote ou un traître impie.

"Nous ne haïssons pas les races. Tous les hommes sont créatures de Dieu. Nous respectons les étrangers établis chez nous, tant qu'ils nous respectent. Nous ne leur ferons aucun mal s'ils ne portent pas atteinte à nos libertés, à notre dignité et aux richesses de notre pays. S'ils respectent les droits des peuples de céans, nous respecterons leurs droits d'invités. Ils ont les mêmes droits que nous, mais leur incombent aussi les mêmes devoirs. C'est ce qu'ordonne notre sainte religion et nos consciences pures.

"Notre patrie est l 'Afrique du Nord, patrie indissociable de l 'Orient arabe dont nous partageons les joies et les peines, les ardeurs et la quiétude. Nous unissent à lui, pour l'éternité, les liens de la langue, de l'arabisme et de l'Islam".

Mais tout le monde aura compris que pour Moufdi Zakaria et ces étudiants musulmans nord-africains de 1935, comme pour nous-mêmes et ceux qui viendront après nous, qu'il n'y a eu, qu'il n'y a et qu'il n'y aura pour l'éternité qu'une seule et véritable patrie : l'Islam.

Ahmed Ben Bella

Ce texte est une communication de l'ancien président algérien présentée lors de la conférence du Conseil Islamique tenue à Genève les 10 et 11 mars 1985.

Source : http://www.archipress.org/bb/revolu.htm


vendredi 10 octobre 2008

Eduardo Agnelli : Un martyr de l'islam

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Eduardo Agnelli : Un martyre de l'islam (1954-2000)



931171561816626236238127160413319018695176 Voici une histoire inconnue du public français. Il s’agit de la vie anonyme d’un homme célèbre, la lutte courageuse d’un homme assoiffé de vérité. Eduardo Agnelli était élégant, beau et potentiellement très riche. Il appartenait au groupe envié des « héritiers de la Terre ». Par amour de Dieu, il s’est converti à l’Islam. Un choix qui lui coûtera son héritage et sa vie. Hommage à un grand homme resté sans nom dans sa patrie, épris de vérité et de justice, martyr de l’Islam…

D’après le site de M.Ghaderi (entre autres)


Une histoire de famille


Du mariage de Giovanni Agnelli et de Marella Carraciolo naît Eduardo à New York en 1954. Sa sœur Margherita naît en 1955. Eduardo se marie avec Carolynne Hight-Hebrew, qui lui donnera un enfant en 1972, Giovanni. La famille Agnelli fait partie des dynasties industrielles européennes les plus prospères. A travers les holdings qu’elle détient, Ifi et Ifil, c’est la société en commandite familiale qui dirige, entre autres, le groupe automobile Fiat. Mais ses participations concernent aussi les médias et symboliquement le club de football Juventus de Turin. Le patrimoine net de Ifil à fin 2003 s’élèverait à environ 4Mds d’Euros. Au 30 juin 2007, le bilan consolidé de Ifil montrait un actif de 7.447 Mds d’Euros, selon le rapport semestriel de la holding.


Eduardo et l'Islam : une adhésion authentique


Lors de ses études de sciences religieuses aux Etats-Unis, il découvre le Saint Coran dans la bibliothèque universitaire de Harvard, une découverte qu’il qualifie en ces termes : « J’ai eu l’impression que ces mots n’étaient pas humains, mais qu’il s’agissait d’une parole lumineuse et vraie, une sensation qui s’affermissait au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture …». Il devient musulman sous le nom de « Hicham Aziz ».

La famille d’Eduardo faisant partie des plus grandes fortunes du monde, Eduardo attendait donc d’hériter de son père afin de se consacrer à la propagation de l’Islam en Europe. Toutefois, Eduardo était avant tout un homme de paix qui ne voulait que le bien de l’humanité et de sa famille, comme le montre son entretien accordé au journal italien socialiste « El Manifesto », où il déplore la course au profit et appelle l’humanité à se consacrer aux véritables valeurs humaines.

Sa situation suscitait toutes les envies : il affirmait ainsi que des gens étaient prêts à accepter l’infidélité de leur compagne en contrepartie d’une amitié avec lui.

 

Lors d’un voyage en Iran en 1988, il rencontra l’Imam Khomeyni pour qui il avait une affection particulière. Il était alors accompagné de son ami de longue date, le conte Luca Gaetani, comme lui héritier d’une des grandes fortunes d’Italie et comme lui assassiné par la suite.

 

Lors de discussions avec ses amis musulmans d’Iran, Eduardo choisit Mehdi comme nouveau prénom tout en conservant le prénom d’Hicham Aziz pour ses correspondances.

Vers la fin de sa vie, il se préparait à venir étudier la religion à Qom. Il était en particulier très attiré par les études coraniques suite à son attachement personnel au Saint Coran.


Un homme discret mais engagé


215171951966131242093825425127342441511Eduardo  était sensible aux questions internationales et aux questions relatives à l’Islam et aux musulmans. Il n’hésitait pas à prendre positions sur des dossiers sensibles et mettait tout son poids dans la balance pour influer favorablement sur le cours des événements. Voici quelques exemples rapportés par des proches :

- il intervint  en faveur des palestiniens en téléphonant à des contacts qu’il avait au risque de se mettre dans une situation périlleuse. Eduardo avait conscience que sa vie était menacée par l’entité sioniste, du fait de ses prises de position en tant que personnalité influente en Italie.

- Il rencontre un éditeur italien pour le persuader de ne pas publier les Versets Sataniques de Salman Rushdie.

 

- Lors des attaques chimiques irakiennes contre l’Iran, Eduardo s’était rendu auprès d’un haut responsable américain, peut-être le Ministre de la Défense, pour demander des explications sur l’inimitié que les États-Unis vouaient à l’Iran. Le haut responsable s’était alors contenté de désigner un mur où il avait attaché une photo de Imam Khomeyni sous forme de cible

 

- Lors d’une visite d’un site industriel fabriquant des hélicoptères de combat américain, Eduardo se faisait expliquer que ces hélicoptères étaient les plus puissants au monde, indiquant que c’était ce type d’hélicoptères qui avait été utilisé pour attaquer l’Iran dans le désert de Tabass. Eduardo faisait alors remarquer que cette opération avait été un échec manifeste. Le général aurait alors répondu que ceux-là (les iraniens) ont un Dieu plus puissant encore que nos hélicoptères, ne manquant pas de réjouir intérieurement Eduardo.

- Suite à une rixe entre les étudiants révolutionnaires iraniens et les opposants (hypocrites Mujahidin du peuple MKO) sur le sol italien, un certain nombre de révolutionnaires ont été emprisonnés. Après quelques temps, un avocat vint les voir et les fit libérer. Ils comprirent par la suite que cet avocat avait en fait été envoyé par Eduardo.

- Eduardo organisa la production d’un documentaire sur l’Islam et les pays musulmans avec une équipe de journalistes de la chaîne italienne Rai Uno.

 

Edurado musulman et sa famille


180209482342348108174234194125523222494173Après   sa conversion à l’Islam, Eduardo avait été mis sous une pression extrême de la part de sa famille, qui le taxait de folie. Ils l’ont même interné dans un asile psychiatrique à la frontière suisse, dont le personnel médical, à ses dires, était majoritairement sioniste. Il finit par s’enfuir pour trouver refuge en Iran pendant quelque temps.

Afin de le couper de ses relations avec le monde musulman, sa famille n’a pas hésité à proposer à un des amis musulmans d’Eduardo une pension mensuelle de 5000 dollars, avec une voiture et une embauche dans le groupe, à condition de cesser ses relations d’amitié avec Eduardo. Devant le refus de cet ami face à cette proposition, la police et l’administration italiennes ont alors exercé des pressions continues sur cet ami, en procédant quotidiennement à des interventions policières dans son domicile dans le but qu’il cesse toute relation amicale avec Eduardo. La famille d’Eduardo a ainsi acheté nombre des connaissances d’Eduardo afin de l’isoler et lui faire ressentir la solitude. Un jour, le père d’Eduardo, Giovanni, lui reprocha violemment d’avoir atténué ses liens avec le fils de Rockfeller pour lui préférer la compagnie de son ami iranien, Abdollahi.

 

Eduardo conservait toutefois une estime sincère pour son père. Ainsi, lors de son premier pèlerinage à Machhad, il demanda à l’Imam Reza (as) d'intercéder auprès d'Allah pour que le cœur de son père s’attendrisse à son égard.


Le martyre d'Eduardo


Le corps d’Eduardo Agnelli est retrouvé inerte, la tête commotionnée, le 15 novembre 2000 sous le pont « Général Franco Romano » près de Turin. Le juge chargé de l’enquête déclara un jour plus tard qu’il s’agissait d’un suicide qui ne méritait donc pas d’investigation supplémentaire. Son corps fut inhumé à Turin dans le caveau familial sans la moindre autopsie, en contradiction avec les règles les plus élémentaires en la matière, en particulier concernant une personnalité économique de premier plan.

Un mois avant son assassinat, il était prévu qu’il vienne en Iran. Eduardo avait émis le désir de rencontrer le Guide suprême de la Révolution à cette occasion. Afin de l’en empêcher, sa famille lui avait confisqué son passeport…

 

Les implications politico-économiques du martyre d'Eduardo

 

La  famille Agnelli représente plus qu’un seul enjeu économique. C’est aussi un centre de pouvoir et d’influence important en Italie. De fait, les événements dramatiques qui touchent cette famille depuis les années 2000, ne manquent pas de susciter quelques interrogations.

On notera qu’Eduardo a été victime d’une campagne de diffamation par la presse italienne dans les années 1990. C’est à ce moment que se préparait la succession de son père, Giovanni aux destinées du puissant groupe Fiat. Afin de le discréditer, en octobre 1990, on l’arrêta soi disant en possession de 300 grammes d’héroïne lors d’un voyage en Afrique. Toutefois, il s’avéra très vite que ces accusations étaient purement mensongères et que l’affaire avait été montée de toute pièce avec la complicité de la police locale corrompue à cette fin. Néanmoins, l’image d’Eduardo s’en trouva gravement atteinte aux yeux du peuple italien et de son entourage, en l’enfonçant encore plus dans sa réputation de marginal qu’on tenait tant à lui coller.

Au début des années 1990, on désigna son neveu Giovanni Umberto comme le successeur de son père à la tête du groupe Fiat. Eduardo lui écrit alors une lettre pour le féliciter tout en lui conseillant de ne pas être à la solde des « adorateurs d’argent ». Toutefois, Umberto meurt brutalement en 1997 d’un cancer rarissime à 36 ans ! On murmura alors le nom de John Jacob Elkann, le neveu maternel d’Eduardo, comme le successeur attitré. Eduardo s’opposa ouvertement à ce choix car il considérait en son for intérieur que son neveu était sous influence sioniste. Sa position privilégiée en sein de la structure familiale Agnelli donnait à l’opposition d’Eduardo un poids gênant. Il semblerait que la détermination d’Eduardo allait se payer au prix cher…

 

Le soupçon de complot et l'accusation de "conspirationnisme"


Il  est intéressant de remarquer que, dans l’arbre généalogique des Agnelli, vient se greffer des branches juives par alliance matrimoniale. Ainsi, nombre de descendants Agnelli sont nés de mère ou de père juif.

La sœur d’Eduardo, Margherita s’est mariée à deux reprises : une première fois avec Alain Elkann et une seconde fois avec Sergio de Pahlen. De son premier mariage avec Alain Elkann, un journaliste français juif et sioniste, naissent trois enfants dont deux garçons, John Jakob (né en 1976) et Lapo (né en 1978). Récemment les médias ont accusé Lapo d’être drogué  et on le soupçonne d’être un homosexuel. John Jakob, l’aîné, est naturellement pressenti pour succéder à son grand-père, décédé en 2003, à la tête du groupe.

Parallèlement, on constate que les éléments non-juifs de la famille ou les éléments hostiles à leur vision (tel Eduardo qui était juif par sa mère mais musulman d’adoption), ont été l’objet d’une mort plus ou moins inexpliquée comme son oncle décédé d’un cancer « rare » et non identifié en mai 2004, son père décédé lui aussi d’un cancer, son cousin décédé à 36 ans d’un cancer rarissime, et lui-même, « retrouvé mort » sous le pont « Général Franco Romano » à Turin en 2000.

L’un des instigateurs du souvenir d’Eduardo Agnelli est un ancien diplomate iranien dans la capitale italienne, dont il était devenu un ami intime au cours de leurs discussions. M.Ghaderi a participé à  la réalisation du documentaire « Eduardo », réalisé par une équipe de la radio-télévision iranienne, qui accrédite la thèse de l’assassinat d’Eduardo Agnelli. Les autorités italiennes ont officiellement protesté contre la diffusion de ce documentaire par la télévision iranienne et l’équipe de tournage avait d’ailleurs rencontré des difficultés multiples et inattendues lors de la réalisation sur place.

Récemment, M.Ghaderi, qui affirme que la famille Agnelli est victime d’un complot sioniste visant à s’accaparer le patrimoine familiale via d’habiles alliances matrimoniales et l’organisation de meurtres de membres de la famille,  a été l’objet, ainsi que sa famille, de menaces de mort de la part d’une organisation de bandits intitulés organisation des « Fedai Iran ».

 

L'ami d'Eduardo lui aussi assassiné ?


2311771401042504786181132165257582997822L’ami  de longue date d’Eduardo, Luca Gaetani, était l’un des trois fils du « Baron italien des boissons alcoolisées », propriétaire de Montalcino. Il s’était également converti à l’Islam. Luca avait d’ailleurs accompagné Eduardo lors de l’un de ses voyages en Iran dans les années 1980. Il était cinéaste et vivait à Rome. Son corps a été retrouvé inanimé et commotionné de coups multiples sous le pont Garibaldi du fleuve Trastevere le 2 avril 2007. Il est mort à 57 ans à la suite de coups assénés par des « inconnus ».


Voir le documentaire Eduardo :

http://www.irib.ir/worldservice/italyRADIO/spec/edoardo.mpg

Liens :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gianni_Agnelli

http://fr.wikipedia.org/wiki/Umberto_Agnelli

http://www.fondazioneagnelli.it/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ifil

http://fr.wikipedia.org/wiki/IFI_-G.Agnelli_A


Sources : http://www.tebyan.net/islam/miscellaneous/islamologues/2007/10/29/1725.html


jeudi 2 octobre 2008

Omar el Mokhtar

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Le martyr Omar el Mokhtâr : Un héros de la résistance islamique à la colonisation occidentale



Umar_Al_Mukhtar_d51a5Le lion du désert

Les historiens aiment écrire l’histoire des batailles et des sacrifices. Mais rares sont ceux qui s’intéressent aux aspects psychologiques et spirituels qui ont amené des hommes à sacrifier leur vie et leur sang. En effet, l’histoire s’intéresse tout d’abord aux faits et aux évènements, et il est souvent impossible de trouver des preuves ou des versions authentiques sur la psychologie des protagonistes. Cela est dû au fait que ce sont les faits qui ont rendu leurs noms célèbres. En conséquence, personne ne s’intéresse à leur situation avant le déroulement de ces faits. Le Coran nous enseigne toutefois que ce sont les actions des cœurs qui fondent les actions des corps. C’est là la signification de la foi, et c’est de là que nous entamerons notre parcours avec notre héros, le Lion du Désert, dans une tentative de dévoiler son jihâd spirituel contre les tentations mondaines et contre la complaisance à l’égard des fourvoiements de son Cheikh prétendument soufi. Nous essaierons ensuite d’analyser l’influence que ce jihâd spirituel a pu avoir sur son jihâd guerrier, influence qui l’a mené à l’heureux sort qui a été le sien : le martyre pour la Cause d'Allah.


Naissance et jeunesse


Omar Ibn el-Mokhtâr Ibn Ferhât, de la famille de Gheyth, naquit - selon ses propres dires - après la mort d’es-Seyyid Mohammed Ibn `Alî es-Sunûsî, le fondateur de la confrérie soufie du Sénousisme (Tarîqah Sunûsiyyah), laquelle survint en 1859. Il serait donc né vers 1861 ou 1862, dans le village de Janzûr. La tribu de Ferhât à laquelle il appartenait habitait la Marmarique, à l’Ouest de la Libye, et constituait une branche de la grande tribu d’el-Minfah. Sa mère s’appelait `Aïcha Bint Muhârib et son père, el-Mokhtâr, un homme respecté parmi son peuple, était célèbre pour son courage et son audace dans les batailles. Le père confia son fils à es-Seyyid Hasan el-Ghiryânî, Cheikh sénousi de la zaouiya de Janzûr. Le Cheikh avait pour mission d’éduquer le jeune garçon et de lui apprendre le Coran.

Avant de mourir en 1878, dans un pèlerinage à La Mecque, el-Mokhtâr demanda que ce Cheikh devienne le tuteur de ses enfants. Le Cheikh s’acquitta loyalement de sa tâche et réalisa les souhaits du défunt. Lorsque Omar eut 16 ans, il l’envoya avec ses propres enfants à l’institut sénousi de la zaouiya de Jaghbûb, où l’adolescent devait assimiler les sciences religieuses. Il apprit ainsi, entre autres, les sciences coraniques auprès du Cheikh ez-Zirwâlî el-Maghribî. Dans cet institut, on enseignait également aux étudiants divers métiers manuels comme la menuiserie ou le forgeage mais aussi les arts militaires comme l’équitation. Omar el-Mokhtâr excella dans tous ces arts et devint une figure de proue parmi ses camarades, d’autant plus qu’il jouissait d’une personnalité charismatique et d’une langue éloquente et équilibrée. Cela ne l’empêchait pas par ailleurs de rester simple et modeste. Ses qualités lui permirent d’élargir le cercle de ses connaissances et de gagner l’amour et le respect de tous ceux avec qui il avait affaire dans les différentes tâches importantes qu’on lui confiait. Omar el-Mokhtâr décida pourtant d’arrêter ses études vers 1886, devant les menaces croissantes qui pesaient de l’extérieur sur son pays.


Sa personnalité


Les jours confirmèrent les qualités de Omar el-Mokhtâr précédemment mentionnées, en termes de modestie, de simplicité, de charisme et d’équilibre. Ces vertus le propulsèrent au premier plan au sein de sa voie soufie, le Sénousisme. L’admiration qu’avait pour lui es-Seyyid el-Mehdî es-Sunûsî - Cheikh du Sénousisme à cette époque - était telle qu’il disait de lui : « Si nous en avions dix comme Omar el-Mokhtâr, ils nous auraient suffi. »

Afin que le lecteur saisisse concrètement les qualités de notre héros, nous racontons ci-dessous deux événements de sa vie, rapportés par des témoins oculaires.

Le première histoire remonte à 1894. Il fut décidé que Cheikh Omar el-Mokhtâr partirait avec un groupe de gens au Soudan dans le cadre d’une mission commandée par son Cheikh. Omar el-Mokhtâr était le chef de la délégation. Ils rencontrèrent en route une caravane commerciale qui se préparait à quitter la ville de Koufra pour se diriger elle aussi vers le Soudan. La délégation de Omar el-Mokhtâr décida alors de poursuivre le parcours en compagnie de la caravane, en raison de la meilleure connaissance que les caravaniers avaient du désert et de ses routes.

Lorsque les voyageurs atteignirent un certain point, la caravane s’arrêta et un marchand les informa que le seul accès de cette région montagneuse était gardé par un lion sauvage. La coutume des caravaniers était donc de s’associer pour acheter un maigre chameau qu’ils abandonneraient au lion dès que celui-ci ferait son apparition. Omar el-Mokhtâr refusa fermement cette proposition et dit : « Les tributs que les puissants parmi nous avaient coutume d’imposer illégalement aux plus faibles ont été abolis. Comment pouvons-nous alors verser un tribut à un animal ? Ce serait un signe d’humiliation et de faiblesse. Par Allah, nous le chasserons avec nos armes ! » La caravane s’avança alors et le lion fit son apparition à l’endroit indiqué par le marchand. Omar el-Mokhtâr, chevauchant son cheval et épaulant son fusil, alla à la rencontre du fauve qu’il blessa par une balle. Bien qu’il soit extrêmement dangereux de s’approcher d’un lion blessé, Omar el-Mokhtâr poursuivit son assaut et tira une seconde de fois : c’était le coup de grâce. Omar el-Mokhtâr insista alors pour dépecer le lion et accrocher sa peau à l’entrée de cet accès tant redouté, afin que tous les caravaniers sachent que ce passage était désormais sûr.

Par la suite, Omar interdit que cette histoire soit racontée. Dans sa modestie, il refusait d’être montré comme le tombeur de la légende du lion du désert. Il disait, par allusion à un verset du Coran : « Et lorsque tu tirais, ce n’était pas toi qui tirait, mais c’était Allah qui tirait » (verset 17 de sourate el Anfâl), signifiant par-là qu’il n’avait aucun mérite ni aucun pouvoir dans l’élimination de ce lion, n’étaient-ce la miséricorde et l’assistance divines.

La deuxième histoire est racontée par Mahmûd el-Jehmî - l’ami de Omar el-Mokhtâr dans son jihâd. D’après son témoignage, Omar el-Mokhtâr ne dormait jamais toute la nuit. Il ne dormait que 2 ou 3 heures, après lesquelles il se réveillait, faisait ses ablutions et commençait à réciter le Coran jusqu’au matin. Il lui fallait au plus une semaine pour réciter le Coran intégralement.

Le Cheikh de Omar el-Mokhtâr chargeait souvent son disciple de réconcilier les tribus entre elles et de régler leurs différends. Le Lion du Désert n’échoua jamais dans une mission qui lui était confiée, ce qui l’aida à renforcer sa position parmi les tribus et à mieux comprendre leurs affaires.

Nous avons déjà évoqué le fait que Omar el-Mokhtâr arrêta ses études en 1886. A cette date, les régions voisines de la Libye étaient tombées sous le joug de l’occupation étrangère : l’Égypte et le Soudan étaient sous occupation anglaise tandis que la Tunisie et l’Algérie étaient sous occupation française. La Libye était le seul îlot ottoman d’Afrique du Nord à n’être pas encore tombé aux mains des envahisseurs. Ce fut alors que commencèrent les préludes de l’invasion italienne. Omar el-Mokhtâr se vit confier en 1895 les fonctions de Cheikh de la zaouiya sénousie d’el-Qusûr. Son travail consistait à enseigner aux gens leur religion, à prêcher l’Islam et à venir en aide aux plus faibles. Cette zaouiya était rattachée à la tribu d’el-`Ubeyd, qui habitait la région d’el-Jabal el-Akhdar, région qui allait devenir le repaire de la résistance libyenne et l’antre de Cheikh Omar el-Mokhtâr dans sa guerre contre les Italiens.


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Le prédicateur soufi


Omar el-Mokhtâr participa à la résistance contre le colonialisme français au Tchad, dans une armée levée par le Cheikh de la confrérie sénousie. Ces événements, qui se déroulèrent en 1899, permirent à l’étoile de Omar el-Mokhtâr de briller aussi bien sur la scène politique et militaire qu’au sein de la confrérie sénousie.

Pendant ce temps, les forces colonialistes se partageaient le monde. Alors que 90 % de la terre africaine était indépendante en 1880, seuls 8% de cette terre auront échappé aux colonisateurs en 1910. Au cours de cette invasion coloniale, les disciples et les centres du Sénousisme, les Zaouiyas blanches, furent la cible des envahisseurs. Leur tort était d’avoir porté la bannière du jihâd et l’étendard de l’Islam pour affronter l’invasion coloniale évangélisatrice de l’Afrique.

En 1902, la direction de la confrérie soufie revint au Cheikh Ahmad ech-Charîf es-Sunûsî, après la mort de Mohammed el-Mehdî. Le nouveau Cheikh demanda à es-Seyyid Omar el-Mokhtâr de reprendre une nouvelle fois la direction de la zaouiya d’el-Qusûr en 1906, en raison des graves dissensions entre tribus qui menaçaient la région d’el-Jebel el-Akhdar et des pressions sans cesse croissantes exercées par le colonisateur italien.

Le 19 octobre 1911, les Chouyoukh du Sénousisme apprirent le début de l’invasion italienne de la Libye. Les navires italiens bombardaient les villes côtières libyennes comme Darnah, Tripoli, Benghasi ou Homs. Ce jour-là, Omar el-Mokhtâr était à Jâlû, sur le chemin du retour de la ville de Koufra, où il venait d’avoir une réunion avec son Cheikh es-Seyyid Ahmad ech-Charîf. Le Cheikh de la confrérie sénousie proclama alors la mobilisation générale du jihâd pour repousser les assaillants et chasser les envahisseurs. De grandes victoires furent remportées contre l’ennemi italien. Ainsi, le vendredi 16 mai 1913, à la bataille de Darnah, les résistants libyens tuèrent 10 officiers italiens et 60 soldats, en blessèrent 400 autres et mirent la main sur tous leurs vivres et leurs munitions. Mais les Italiens, furieux, préférèrent s’en prendre aux Libyens désarmés.

Au même moment, une idée diabolique prenait naissance dans l’esprit d’un cheikh sénousi. Il s’agissait de signer un accord avec l’Italie dans lequel les Libyens accepteraient l’occupation d’une partie de leur terre, sous prétexte que l’ennemi était trop puissant et qu’il pouvait par ailleurs améliorer la situation agricole et industrielle en Libye. Pendant que la résistance se poursuivait, ce cheikh signa un accord préliminaire avec l’ennemi. Des divergences apparurent alors au sein même de la confrérie sénousie, divergences qui devenaient d’autant plus dangereuses que l’Empire ottoman, impuissant, avait déserté et abandonné la Libye à son sort. Tout reposait désormais sur les épaules des seuls Libyens. Le Cheikh de la confrérie choisit de régler ce conflit en démissionnant de son poste et en laissant la direction de la confrérie à es-Seyyid Idrîs es-Sunûsî, celui-là même qui entama les négociations de paix avec l’Italie. es-Seyyid Idrîs prit ses fonctions en 1917.


L’épreuve


Le transfert de la direction de la confrérie sénousie constitua une rude épreuve pour Cheikh Omar el-Mokhtâr. Es-Seyyid Idrîs pensait en effet qu’il n’y avait aucun mal à abandonner une partie de la patrie à l’occupant. Il envisageait même de recevoir, lui et les autres chefs sénousis, des salaires mensuels de la part de l’Italie, en plus de maisons qui leur seraient octroyées, et de terres agricoles sur lesquelles ils ne payeraient pas d’impôts. En bref, il s’agissait de percevoir un pot-de-vin moyennant l’abandon d’une partie de la Libye. Quelle allait alors être la position de son disciple, le murîd Omar el-Mokhtâr et celle de ses compagnons ? Les chefs des tribus et les chouyoukh de la confrérie se réunirent et remirent à es-Seyyid Idrîs un document crucial. Dans ce document, ils lui prêtaient tous serment d’allégeance à condition qu’il soit leur chef dans le combat contre les envahisseurs. Idrîs es-Sunûsî ne trouva d’autre issue que d’accepter, au moins en apparence, le contenu de ce document.

Les masses combattantes libyennes se mobilisèrent alors en 1922. Pris en tenaille entre l’accord de paix avec l’Italie et l’allégeance que lui avaient prêté les Libyens, Idrîs es-Sunûsî décida de s’enfuir en Égypte, prétextant la maladie. Cheikh Omar el-Mokhtâr et quelques-uns de ses amis allèrent alors le rejoindre pour prendre de ses nouvelles, mais ils constatèrent que leur Cheikh ne souffrait de rien. Ils lui demandèrent au moins de leur fournir de l’argent et des armes pour poursuivre la lutte. Mais il se déroba.

Ils déclarèrent alors que le Cheikh ne les intéressait plus, que puisque le jihâd était une prescription sacrée, ils combattraient les ennemis sans se soucier de ceux qui les avaient délaissés. Dès lors, Omar el-Mokhtâr prit la tête de l’armée et mena le mouvement du jihâd à partir de 1922. Mais très vite, l’histoire se répéta : un autre enfant du Sénousime, Ridâ Hilâl es-Sunûsî relança parmi les masses combattantes la même zizanie provoquée un an plus tôt par Idrîs es-Sunûsî. Il déclara en effet qu’il s’était accordé avec l’Italie pour que les Sénousis déposent les armes. Frisant les limites de l’acceptable, il alla jusqu’à poser de sa propre main une croix chrétienne sur le tombeau de son grand-père, le fondateur de la confrérie sénousie.   

Omar el-Mokhtâr proclama solennellement qu’il ne déposerait pas les armes, ni lui ni ses amis. Mais en même temps, il prit l’engagement de ne pas empêcher ceux qui voudraient le faire. Ridâ fut finalement arrêté par les Italiens et exilé vers la métropole après qu’il eut échoué à faire cesser le jihâd. La même tragédie recommença pourtant une nouvelle fois, avec El-Hasan Ibn Ridâ es-Sunûsî. C’était durant les pourparlers de Omar el-Mokhtâr avec les Italiens. Alors qu’el-Hasan s’était rendu chez les Italiens pour porter à leur connaissance les conditions posées par les combattants musulmans, il revint avec les conditions italiennes qui ne signifiaient rien d’autre que la reddition des résistants moyennant quelques sommes d’argent pour el-Hasan et pour les chefs de la résistance. Omar el-Mokhtâr lui fit cette réponse : « Mon fils, ils t’ont séduit par les apparats de ce bas-monde éphémère. » El-Hasan connut finalement le même sort que celui de son père Ridâ.

Les Italiens firent également des propositions alléchantes à Cheikh Omar el-Mokhtâr : des richesses, des maisons confortables, des terres agricoles non-imposables... Déclinant toutes ces propositions, il dit : « Je n’ai jamais été une bouchée facile pour qui voulait m’avaler. Personne ne changera mes convictions, mes opinions ou mes orientations. Allah décevra ceux qui voudront s’y essayer. »


Omar el-Mokhtâr, chef de la résistance


Cheikh Omar el-Mokhtâr établit des liaisons avec les différentes tribus, et dénombra les hommes aptes au jihâd. Il réunit ainsi ses combattants et les répartit dans des camps où ils pouvaient se retrancher et s’entraîner. Ces camps portaient le nom de adwâr. Les historiens ne sont pas sûrs quant au nombre exact de ces adwâr. D’aucuns disent 3, d’autres 4, plus selon certains. Ce système permit aux belligérants de poursuivre normalement leur vie quotidienne. Omar el-Mokhtâr mit également en place un système d’arbitrage des différends, et organisa la gestion financière, les renforts et les ravitaillements qui arrivaient jusqu’aux résistants. Il entra par ailleurs en contact avec des parties extérieures, qu’elles soient en Tunisie ou en Égypte, pour le ravitailler en argent et en munitions, qui sont le nerf de la guerre. Il fit d’el-Jebel el-Akhdar son repaire principal, mais ses attaques pourchassaient les Italiens sur tout le sol libyen. Les combattants vécurent avec Es-Seyyid Omar el-Mokhtâr une vie faite alternativement d’attaques et de retraites, de victoires et de défaites. Néanmoins, lorsqu’ils étaient vaincus ou assiégés par leurs ennemis, ils refusaient de faiblir ou de se rendre. Même dans les pires circonstances suscitées par la zizanie de certains chouyoukh sénousis, circonstances qui faillirent aboutir à une guerre civile, Omar el-Mokhtâr resta ferme et déclara, son Coran à la main, qu’il ne cesserait jamais de combattre les Italiens, même s’il devait les affronter seul. Encouragés par tant d’énergie, ses opposants finirent par se rallier à sa cause et rejoindre les rangs de la résistance.

Les Italiens, observateurs, constatèrent que le moyen le plus rapide pour vaincre la résistance était de couper les ravitaillements qui provenaient essentiellement d’Égypte et de Tunisie, comme nous l’avons dit, mais également de la part de la population libyenne. L’administrateur italien, Emilio, fit barrage à ces ravitaillements et lança une offensive contre Jaghbûb le 8 février 1926. La chute de cette ville causa de graves ennuis à la résistance qui perdait ainsi un de ses poumons. Mais malgré cette épreuve, les résistants poursuivirent la lutte, infligeant aux armées de Mussolini de sérieux revers, tant et si bien que le Duce se vit contraint de réviser complètement sa stratégie et de remplacer son administrateur militaire en Libye. Ce fut ainsi que le général Badolio prit ses fonctions en janvier 1929. Ce changement constituait un tournant décisif dans la guerre entre les Italiens et les Libyens.

Le nouveau gouverneur de Libye, cherchant à duper les résistants sur ses véritables intentions, engagea des négociations le 20 avril 1929 et leur fit des propositions qui se résumaient à la reddition moyennant quelques avantages matériels. Mais Omar el-Mokhtâr, toujours avisé, rejeta ces propositions et choisit de continuer la lutte. Le gouverneur cherchait en réalité à gagner du temps pour mettre son plan à exécution. Ayant compris la stratégie, Omar el-Mokhtâr lança un appel le 20 octobre 1929 à tous ses compatriotes, dans lequel il leur demandait de rester éveillés et de ne pas se laisser leurrer par les subterfuges italiens. Les soupçons de Omar el-Mokhtâr s’avérèrent exacts. Le 16 janvier 1930, des avions larguèrent des bombes sur la résistance, annonçant le début d’une campagne génocidaire menée contre le faible peuple libyen. Le 28 janvier 1931, les envahisseurs italiens, menés par le plus sanguinaire de leurs généraux, le général Graziani, parvinrent à prendre la ville symbolique de Koufra, dont la perte porta un coup dur à la résistance libyenne.


La fin

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Le 11 septembre 1931, des affrontements eurent lieu entre la résistance et les forces d’occupation, qui se conclurent par la capture de Omar el-Mokhtâr. Sous une garde renforcée, le Lion du Désert fut transféré au port de Sûsah, d’où on lui fit prendre la mer jusqu’à Benghasi.

Le 14 septembre 1931, le général Graziani, successeur du général Badolio depuis plusieurs mois, accourut lui aussi à Benghasi en provenance de Rome pour annoncer, le 15 septembre, l’ouverture du Tribunal spécial qui allait juger le Cheikh Moujahed, Omar el-Mokhtâr. Quelques heures avant le début du procès, Graziani tint à discuter avec son prisonnier, autour duquel les Italiens avaient tissé tout un tas de légendes le faisant passer pour un héros invincible. Le général italien écrit dans ses mémoires :

« Lorsqu’il se présenta dans mon bureau, je vis en lui les milliers de résistants que j’avais rencontrés durant mes campagnes dans le désert. Ses mains étaient enchaînées, malgré les fractures et les blessures qu’il avait subi au cours des affrontements. Son visage était compressé, en raison du jard dont il le recouvrait. Il se traînait avec difficulté à cause de la fatigue qu’il ressentait suite à son voyage en bateau. Mais globalement, je voyais en cet être qui était debout devant moi un homme d’un autre genre. Il affichait sa dignité et sa fierté, bien qu’il ressentait l’amertume de la captivité. Il était là, debout devant mon bureau, en train de répondre avec une voix calme et claire aux questions que je lui posais. »

La première question que lui posa Graziani fut : « Pourquoi combattez-vous le gouvernement italien ? » Et Omar el-Mokhtâr de répondre : « Pour défendre ma religion et ma patrie. » « Où vouliez-vous en arriver ? », demanda Graziani. « Nulle part, sinon vous chasser, répondit sobrement Cheikh Omar, car vous avez violé notre terre. Le combat nous a été prescrit, et seul Allah peut accorder la victoire. »

Le général Graziani poursuit le récit de cette rencontre : « Lorsqu’il se leva pour partir, son front était lumineux, comme s’il était entouré d’une aura de lumière. Je sentis mon cœur frissonner devant la majesté de la situation. J’étais l’homme qui avait mené les guerres mondiale et désertique, et voilà qu’en cette occasion, mes lèvres tremblaient et ne parvenaient à prononcer une seule lettre. Je mis fin à la rencontre et j’ordonnai qu’il fût reconduit dans sa cellule afin qu’il soit présenté au tribunal dans la soirée. Lorsqu’il se leva, il essaya de me serrer la main, mais en vain, car ses deux mains étaient enchaînées. »

Le procès de Cheikh Omar el-Mokhtâr se tint au siège du Parti fasciste. Il fut ouvert le mardi 15 septembre 1931 à 17 h 15. Une heure plus tard, les juges prononçaient la sentence : la peine de mort par pendaison. Le Cheikh septuagénaire ne dit rien d’autre pour commenter le jugement à part cette phrase : « Le jugement n’appartient qu’à Allah. Ce n’est pas votre jugement hypocrite. Nous sommes à Allah et c’est à Lui que nous retournons. »


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Omar Al-Mukhtâr se prépare au martyre


Le matin du mercredi 16 septembre 1931, toutes les mesures furent prises pour le bon déroulement de la mise à mort. L’armée, les milices et l’aviation étaient présents. On rassembla par ailleurs des dizaines de milliers de Libyens pour qu’ils assistent au martyre de leur héros. Le Cheikh Omar el-Mokhtâr fut amené, les mains enchaînées et le sourire aux lèvres. Il fut livré à son bourreau à 9 h précises, alors que son visage était rayonnant de bonheur à l’idée de mourir en martyr. Pendant qu’on lui mettait la corde au cou, on l’entendit murmurer l’appel à la prière, et réciter les versets : « Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. » (versets 27 et 28 de sourate el fajr) C’était la fin...

Le corps du héros tomba. Mais son âme s’éleva au ciel, élevant avec elle les principes pour lesquelles elle se sacrifia.

Le martyre du Lion du Désert eut un retentissement terrible dans tout le monde musulman. Sa gloire fut chantée par les poètes, et son martyre fut célébré par les peuples. Au fil des jours, il devint le symbole de la résistance face aux oppresseurs.


La_pendaison_de_Umar_Al_Mukhtar_30e85Qu'Allah lui fasse miséricorde


« Nous combattons car nous avons le devoir de combattre pour défendre notre religion et notre liberté. Nous combattrons jusqu’à ce que nous chassions les envahisseurs ou jusqu’à ce que nous mourions. Nous n’avons pas d’autre choix. Nous sommes à Allah et c’est à Lui que nous retournons. » (Le martyr Omar el-Mokhtâr)


Sources : Islamonline.net, Nahdha.net et Nfsl-Libya.com.

mercredi 24 septembre 2008

Muhammad Asad (ex-Léopold Weiss)

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Muhammad Asad (ex-Léopold Weiss)


L’itinéraire existentiel et intellectuel de Leopold Weiss-Muhammad Asad est incontestablement l’un des plus singuliers et fascinants de l’histoire du XXe siècle.

Un juif pour l’islam,

de Florence Heymann, Éditions Stock, 2005. 304 pages, 21,50 euros.


Le parcours qui conduit vers l’islam un juif habsbourgeois, petit-fils du rabbin de Czernowitz, jusqu’à devenir un des pères fondateurs du Pakistan, méritait d’être étudié, et l’on s’étonne que cette excellente biographie soit la première à voir le jour dans une langue occidentale. À l’origine de ce cheminement il y a la crise de l’Europe, la dissolution de l’empire austro-hongrois et les dilemmes du judaïsme de langue allemande, déchiré entre universalisme et sionisme, émancipation et antisémitisme, assimilation et recherche d’une spiritualité nouvelle.

Né en 1900 en Galicie, Leopold Weiss est un pur produit de la Mitteleuropa juive : il parle allemand et polonais, étudie la philosophie et l’histoire de l’art, ses moeurs sont tout à fait séculières, mais il pratique couramment l’hébreu et connaît en profondeur les Écritures saintes. Installé à Vienne avec sa famille à la veille de la guerre, il s’intéresse à la psychanalyse et, au début des années vingt, il travaille comme assistant metteur en scène du cinéaste Murnau. Il amorce ensuite une carrière de journaliste qui le conduit à collaborer au principal quotidien de langue allemande de l’époque, la Frankfurter Zeitung, où écrivent aussi Joseph Roth et Walter Benjamin.

En 1922 se produit le grand tournant de sa vie. Un oncle vivant à Jérusalem l’invite en Palestine, où il se rend pour quelques mois. Il est immédiatement capturé par les lieux et ses habitants. Parti à la découverte d’un monde exotique, sur lequel, comme tout Européen moyen, il ne connaissait « pratiquement rien », en dehors de « quelques notions romantiques et erronées », écrira-t-il, il reste fasciné par le monde arabe, dont il découvre l’humanité, la richesse et la « pureté » : l’islam ne connaît pas le dualisme occidental entre l’homme et la nature. De cette rencontre bouleversante, il tire, en 1924, son premier ouvrage : Un Orient sans romantisme (traduit par F. Heymann aux Éditions du CNRS).

Le monde musulman a déjà attiré l’attention de nombreux orientalistes juifs, en Allemagne comme en France, qui recherchent dans l’islam les traces d’une influence hébraïque originaire. Le nationalisme allemand aime présenter les juifs comme des « Orientaux », c’est-à-dire des non-Allemands, tandis que les sionistes soulignent les racines orientales du judaïsme, dont la mission consisterait à rétablir en Palestine une communauté nationale. Weiss est certes un produit de ce bouillonnement intellectuel et politique, mais son approche sera bien différente. Il rejette le sionisme, qui lui apparaît, comme toute forme de colonialisme, frappé de préjugés sur l’« infériorité » des musulmans et aveugle face à l’évidence d’une société arabe épanouie, urbaine et largement majoritaire.

Happé par le monde musulman, il commence un long périple qui le conduit dans plusieurs capitales, du Caire à Kaboul, de Beyrouth à Damas et Bagdad, d’où il envoie ses correspondances à la Frankfurter Zeitung. Il finit par apprendre la langue arabe, étudier le Coran, se convertir à l’islam et prendre le nom de Muhammad Asad (sa femme se convertira à son tour).

La guerre le saisit dans les Indes britanniques, où il est interné, en tant que citoyen autrichien, dans un camp pour les ressortissants des pays ennemis. C’est dans ce camp qu’il apprend la nouvelle de la mort de son père et de sa soeur, déportés à Auschwitz. À sa libération, il s’installe à Lahore, où il devient un des pères fondateurs du Pakistan. Au moment de la partition avec l’Inde, il participe à l’élaboration des bases constitutionnelles du pays, dont il préconise, contre l’avis de Muhammad Ali Jinnah, qui voudrait bâtir un État laïque, la stricte conformité aux principes de la charia. Il commence alors une nouvelle carrière d’homme d’État qui le conduit à New York, où il est ambassadeur du Pakistan à l’ONU, en 1952, et aussi de théologien, auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et d’une traduction anglaise du Coran qui sera publiée, à partir de 1960, grâce au soutien du roi Faysal d’Arabie saoudite.

Retraçant cet itinéraire tout à fait extraordinaire, Florence Heymann nous donne une clef pour interpréter la figure de Weiss-Asad. Elle le définit à juste titre comme un « transfuge », une sorte de passeur des frontières culturelles « déterritorialisé ». Le cas d’Asad correspond à la figure du « renégat » brossée par Simmel pour définir les janissaires, les hauts fonctionnaires de l’empire turc d’origine chrétienne et convertis à l’islam. Cette notion n’implique, sous la plume de Simmel, aucune condamnation morale, mais souligne seulement la profondeur d’une rupture avec ses origines.

Une rupture qui ne concerne pas seulement le judaïsme (le concept de « haine de soi » s’adapte mal au cas de Weiss) mais l’Occident dans son ensemble. Dès 1926, Weiss se sentait déjà totalement « étranger » à l’Europe. Décidément, Leopold Weiss-Muhammad Asad fut une figure étrange, complexe et fort intéressante. Merci à Florence Heymann de nous l’avoir présentée dans un ouvrage passionnant.

Enzo Traverso


Source : http://www.humanite.fr/2005-09-27_Cultures_Leopold-Weiss-alias-Muhammad-Asad


jeudi 11 septembre 2008

Abdullah Quilliam, un champion oublié de l'islam

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Un champion oublié de l'islam : Un homme et sa mosquée


Sheikh_Abdullah_Quilliam Une maison en ruine à Liverpool recèle un secret curieux : les restes vandalisés de la première mosquée de la Grande Bretagne. Maintenant, enfin, la ville est décidée à la restaurer – et d’honorer l’avocat original qui l’avait construite. Michael Savage découvre son histoire remarquable.

Le numéro 8 Brougham Terrace à Liverpool est un pavillon jumelé abandonné. Sa façade blanchie à la chaux est crasseuse, sa porte d’entrée est toute rayée et enflée et ses protes arrière sont couvertes de graffitis. Les pigeons ont investi le toit. L’état de l’intérieur est même pire. Des larges cercles orange de champignons s’agrippent aux murs. Des morceaux du toit sont éparpillés par terre.

 

Rien ne suggère que le numéro 8 Brougham Terrace ait quoi que ce soit de spécial. Mais en dessous de la poussière et de la moisissure il y a un bâtiment d’une extraordinaire signification historique et sociale. Ceci fut la première vraie mosquée en Grande Bretagne.

 

Et après des années de négligence, elle serait enfin au point recevoir le traitement de restauration qu’elle mérite sûrement, vu sa place dans l’histoire de la nation. L’évêque de Liverpool appela pour une action. Les gouvernements saoudien et koweitien voudraient aider à financer un projet qui coûterait 2,4 millions de livres sterling (environs 3,6 millions €, ndt.).

 

Alors que Liverpool se prépare à devenir la capitale européenne de la culture l’année prochaine, la situation critique de la mosquée oubliée attire de nouveau l’attention. Cela, à son tour, jeta la lumière sur le personnage étonnant qui l’avait fondée le jour de Noël en 1889.

 

William Quilliam était un avocat. Mais à la fin du 19e siècle en Grande Bretagne il n’y avait pas d’autre avocat qui lui ressemblait. On dit qu’il venait au tribunal en portant une tenue cérémonielle turque. D’autres prétendent qu’il voyageait à travers Liverpool sur un cheval arabe blanc, ou qu’il était descendant d’un lieutenant qui avait combattu avec Nelson à Trafalgar.

 

De telles histoires peuvent bien être apocryphes, toutefois Quilliam fut un homme dont la vie n’a pas besoin d’embellissement. Peu de personnalités religieuses défendirent leur foi comme l’homme qui devint le Cheikh Abdullah Quilliam le fit. Il fit cela malgré les hostilités qu’il affronta bien souvent de ses propres concitoyens. Il fut nommé Cheikh de Grande Bretagne par le dernier calife ottoman, convertit des centaines à sa religion et fut honoré par le Sultan du Maroc, le Shah de Perse et le Sultan d’Afghanistan. La mosquée au 8 Brougham Terrace fut son accomplissement suprême.

 

Né en 1856, Quilliam fut le fils d’un riche horloger et devint avocat après une formation à l’institut de Liverpool. Mais la vie comme avocat eut ses droits sur Quilliam, et en 1882 il partit se reposer au sud de

la France.


Pendant qu’il se remettait, il décida de traverser la Méditerranée en direction du Maroc et l’Algérie et ce fut là bas que sa fascination pour l’islam commença. A l’âge de 31 ans il se convertit à la religion, changea son nom en Abdullah et se procura un ouistiti comme animal de compagnie. 

 

« Il n’allait jamais nulle part sans ce singe », dit la petite fille de Quilliam, Patricia Gordon. « Il avait l’habitude de s’assoir sur son épaule. Il avait un petit fez spécial pour lui et l’emportait avec lui au musée britannique où il étudiait. Il était un vieux Victorien excentrique. Il était un homme indépendant et faisait ce qu’il voulait faire toute sa vie. Quand il entrait dans une salle, tout le monde se taisait. Il était un caractère très pittoresque ».

       

Son amour pour les animaux exotiques changea sa maison en un zoo – il aurait gardé un chacal, un loup, un renard et même un crocodile.

   

Pour Quillam, sa conversion à l'islam fut seulement le début d'une œuvre élevée et fière au service de l'islam. Il trouva aussitôt qu'il avait le talent de convaincre les autres des mérites de l'islam. Il commença par donner des cours sur sa nouvelle religion, puis fonda la Mosquée et l’Institut de Liverpool dans la petite maison de Brougham Terrace, rue de West Derby, an 1889. 


Durant 10 ans depuis son retour à la ville, il rassembla derrière lui environs 150 Musulmans presque tous des convertis britanniques. Des scientifiques et des professionnels firent partie de son groupe, tout autant que ses fils et sa mère qui avait pourtant passé le gros de sa vie comme une activiste chrétienne. Il produisit aussi deux journaux, le Croissant et la Revue Islamique, sur une machine d'impression dans la cave de la maison. Les deux firent diffusées à un niveau international.


Mais la mission de Quilliam ne s’arrêta pas à la publication. Il procéda à aider à soulager les souffrances sociales à Liverpool en fondant la Maison de Médine qui s'occupa des enfants illégitimes en leurs trouvant des parents d'accueil. Il créa le Collège Musulman, une association de débats hebdomadaires et écrivit un livre sur les "cantiques" musulmans en Anglais.

 

Il trouva encore du temps pour écrire un livre. La Foi de l'Islam fut publié en 1889 par un petit imprimeur local, et traduit ensuite en 13 langues, avec 3 éditions publiées. Quilliam dit fièrement qu'il eut été lu par la reine Victoria et le gouverneur d'Égypte.


Mais tout le monde n’apprécia pas la vigueur de Quilliam. Peu après sa conversion à l’Islam, il fut expulsé de sa maison par son propriétaire qui fut en colère de son rejet du Christianisme. La date de sortie de son livre sur l’Islam coïncida avec la haine très agressive que quelques uns dans la communauté chrétienne vouèrent pour lui. « Le conflit en cours avec le Soudan (le Soudan fut envahi par la Grande-Bretagne en 1898, ndt) voulait dire que toute mention à l'islam en Grande-Bretagne était comme "l'agitation d'un chiffon rouge devant un taureau" précise Humayun Ansari, un expert en histoire islamique au Collège Royal Holloway à Londres.


Quilliam ne fut jamais quelqu’un à se laisser faire et lança une série d’attaques contre le gouvernement britannique. Quand le Premier Ministre, William Gladstone, dut donner un discours à Liverpool incitant à agir contre l’Empire ottoman pour son traitement des Arméniens, Quilliam bondit pour défendre le calife. Il rassembla sa communauté à la mosquée pour prononcer un discours opposé où il déclara que l’Occident fut très content d’ignorer les « atrocités chrétiennes » par ailleurs. 


« Un Américain fait exploser une bombe dans les rues bondées de Constantinople et tue des femmes et des enfants innocents et, parce qu’il se dit Chrétien, il est porté aux nues en Angleterre comme un héro et un patriote! » Quilliam écrivit. « Un Afghan se bat pour sa patrie dans la passe de Khyber, et parce qu’il est Musulman il est dénoncé comme un traitre et un rebelle ».

    

Selon le professeur Ansari, Quilliam paya un prix pour sa position. « Bien sûr, il était raillé, mais ça montrait qu’il était un homme courageux tout en étant une figure de controverse. Bien que d’autres personnes anglaises se fussent converties, ils avaient tendance à adopter un profil bas. Quilliam à l’opposé était bien plus direct et défiant, ce qui faisait de lui un personnage public de haut niveau dans le processus ».


 

Sans surprise, Quilliam développa des relations difficiles avec la presse. Le journal de Liverpool décrivit sa recherche à convertir la ville à l’Islam comme « stupide et importune ». Il devint un contributeur régulier aux pages des courriers des lecteurs essayant de corriger ce qu’il vit comme une vision populaire incorrecte de l’Islam, provenant des mythes datant de l’époque des croisades.

 

Il écrivit : « Quand nous considérons que l’Islam est trop mélangé avec l’empire britannique, et les plusieurs millions des concitoyens musulmans qui vivent sous le même règne, il est extraordinaire que si peu de choses soient connues à propos de cette religion. Et par conséquent la grande ignorance des gens à propos de ce sujet fait qu’ils puissent être facilement trompés et leur jugement égaré ».


 

Sa position franche fit aussi de sa mosquée une cible d’agression. Durant une confrontation, une foule de 400 manifestants se rassembla devant le bâtiment en jetant de la boue, des cailloux, des végétaux pourris à ceux quittant la salle de prière. En 1895, un groupe menaça Quilliam de le brûler vif.

 

Ces efforts pour promouvoir l’Islam lui apportèrent des louanges et des amis puissants à travers le monde musulman. Le Shah de Perse fit de lui un consul pour son pays. En 1894, le Sultan Abdul Hamid II, le dernier calife ottoman, donna à Quillam le titre de "Cheikhul-islam en Grande-Bretagne", chef des Musulmans britaniques. Le Sultan d'Afghanistan lui donna 2500 livres sterling, comme cadeau personnel, pour l'aider à continuer ses bonnes oeuvres.

 

Au tournant du siècle, Quilliam a développé des plans ambitieux pour construire une mosquée de rien, complète avec un dôme et un minaret. Mais fidèle à son caractère excentrique, il prit une décision soudaine en 1908 pour quitter la Grande-Bretagne, en se dirigeant mystérieusement vers l'est et ne revenant que peu de temps avant sa mort en 1932. 


Quand Quilliam quitta la Grande-Bretagne, il emporta avec lui l’énergie qui eut soutenu sa mission effectuée tout seul avec beaucoup de succès. Sans lui au gouvernail, les institutions qu’il eut fondées régressèrent, y compris la mosquée. Finalement, elle finit dans les mains du conseil municipal de Liverpool. Quand les autorités se retirèrent, la mosquée tomba encore plus en ruines, « probablement parce que l’eau a pénétré après que les voleurs avaient enlevé le plomb du toit », dit Galib Khan, un membre dirigeant du groupe essayant de restaurer la mosquée.

 

Mohammad Akbar Ali, le président de l’association Abdullah Quilliam créée pour la campagne de restauration, ajouta : « Quilliam l’avait officiellement ouverte le jour de Noël en 1889 avec un petit déjeuner spécial pour 130 enfants de la ville ».


 

Une réunion de collecte d’argent organisée plutôt ce mois reçut les ambassadeurs de l’Arabie Saoudite et du Koweït. Mais pour M. Ali, il a un principe plus large derrière la volonté de trouver de l’argent britannique pour restaurer l’héritage d’Abdullah Quilliam.

 

« Une partie du problème affronté maintenant par les jeunes Musulmans britanniques est qu’ils n’ont pas d’héritage islamique qu’ils peuvent vraiment considérer comme le leur », il dit. « Quand les Musulmans nés et élevés au Royaume Unis veulent revisiter leurs racines islamiques, ils retournent aux pays de leurs ancêtres comme l’Inde, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite. Mais Quilliam est la preuve que la Grande-Bretagne a son propre héritage islamique. Réparer cette mosquée avec de l’argent britannique, que ce soit du gouvernement ou de la communauté musulmane, agirait comme un symbole fort de l’Islam britannique. C’est un héritage religieux dont tous les Musulmans britanniques peuvent être fiers ».

 

L’évêque de Liverpool, le vénérable révérend James Jones, est maintenant le patron de la campagne de collecte d’argent. Il admet que le fait qu’on lui eut demandé de soutenir la cause représenta un « défi théologique » pour lui, mais il se sentit obligé par l’exemple de Quilliam. « L’un des défis dans le monde d’aujourd’hui est de concentrer sur les bons exemples des religions des uns et des autres et de trouver le socle commun », il dit. « Quilliam fut un homme qui fit énormément de bonnes œuvres que tous les chefs religieux devraient apprécier, et la campagne pour restaurer son institut mérite d’être soutenue, au niveaux national et local ».


Source : http://www.independent.co.uk/news/uk/this-britain/forgotten-champion-of-islam-one-man-and-his-mosque-459936.html

 

jeudi 4 septembre 2008

Emir Abdelkrim el-Khattabi 2/2

 

bismi_lah


L’Emir Abd el-Krim el-Khattabi :

héros musulman de la résistance à la colonisation

abdelkrim

(partie 2/2)


Défaite et exil

Pour contrer la montée en puissance de l'Emir Abd el-Krim et de la République du Rif, le maréchal Lyautey décida de procéder à des "rectifications de frontière" et d'établir un blocus économique dans les Béni Zeroual. Cela devait rendre plus difficile le ravitaillement des Rifains en produits agricoles de base. Le chef rifain réagit en proposant des négociations avec les autorités françaises.

Après l’échec de ces tentatives de négociations, l’Emir Abd el-Krim lança, en avril 1925, une vaste offensive vers le Sud. La prise de Fès était l’un des objectifs avoués de l’attaque. Les moudjahiddines rifains repoussèrent les troupes françaises vers Fès et Taza. Puis bloqués au Sud, les moudjahiddines se redéployèrent à l’Est et l’Ouest où le ralliement des Jebala les conduisit aux portes du Gharb.

Les pertes infligées aux forces françaises étaient très importantes : 2176 morts et 8297 blessés entre avril et octobre 1925. Les autorités françaises craignaient que l’insurrection rifaine n’embrasa l’ensemble du le Maroc. La proclamation de la prise de Fès comme objectif de l’offensive, décida le gouvernement français à lancer une contre-offensive. Mais après ses échecs le maréchal Lyautey fut contraint de donner sa démission.


La France, qui depuis longtemps avait des prétentions sur le Rif méridional, se rendit compte que laisser une autre puissance coloniale se faire vaincre au Maghreb par des colonisés créerait un dangereux précédent dans les territoires qu’elle contrôlait en Afrique du Nord.

Tentant de créer un rassemblement des différentes forces sociales du Maroc pour constituer le noyau d’un mouvement de libération marocain, Abd el-Krim demanda au sultan Moulay Youssef de se rallier à sa cause, mais celui-ci, en raison de sa lâcheté, refusa de lutter contre les puissances coloniales. De plus, le sultan marocain percevait l’Emir Abd el-Krim comme une menace pour son propre pouvoir. Selon Charles-André Julien, « la défaite des Espagnols par les Rifains parut aux Marocains l’annonce du triomphe prochain de l’Islam. Pour le peuple, le nouveau sultan « Sidi Mohand » fut le chef de la guerre sainte qui évincerait le sultan de Rabat, prisonnier des Chrétiens »[1].

Après la démission du maréchal Lyautey, le commandement des armées fut confié au maréchal Philippe Pétain, auréolé de la victoire de Verdun. A l’époque les troupes espagnoles étaient dirigées personnellement par le général et chef de gouvernement espagnol Miguel Primo de Rivera, marquant par là l’importance que l’insurrection rifaine avait pris dans la vie politique espagnole. Un accord fut conclu entre les gouvernements français et espagnol afin de déclencher la contre-offensive devant mettre un terme à l’insurrection des moudjahiddines rifains.


Les deux puissances coloniales envoyèrent des renforts et unifièrent leur commandement militaire sous l’autorité du maréchal Pétain. L’Espagne et la France déployèrent des moyens techniques et militaires exceptionnels afin d’anéantir une insurrection de plus en plus menaçante pour leur hégémonie.

Au printemps 1926, une offensive générale franco-espagnole fut lancée avec un demi-million d’hommes et l’appui de 44 escadrilles d’avions de combat. Les armées impérialistes, suivant la logique coloniale de responsabilité collective, ne distinguèrent pas les objectifs militaires des objectifs civils. Les Rifains étaient collectivement responsables des revers des armés colonialistes et devaient, de fait, être « punies » en conséquence.


Les Français et les Espagnols établirent un blocus rigoureux sur le littoral méditerranéen afin d’étouffer l’ensemble du Rif. Les avions des armées européennes munies de gaz moutarde bombardèrent massivement les villages rifains, faisant des marocains du Rif les premiers civils gazés massivement dans l’histoire, à côté des kurdes iraqiens gazés par les britanniques[2]. La dévalorisation de ces hommes incomplètement humains qu’étaient les Rifains, permettait aux armées coloniales de procéder aux pires exactions.

 

Les moudjahiddines rifains, beaucoup moins bien équipés que les troupes franco-espagnoles, ne purent résister à l’offensive. Abd el-Krim tenta de négocier avec les puissances coloniales afin d’arrêter le massacre. Après l’échec des pourparlers engagés à Oujda, l’Emir rifain était au pied du mur. Le 27 mai 1926, l’Emir Abd el-Krim était contraint de se rendre aux autorités coloniales. Dans les entretiens qu’il eu avec les négociateurs lors de sa reddition, Abd el-Krim dénonça, en espagnol, « la civilisation de fer de l’occident » qui faisait de lui un barbare parce qu’il était faible et mal armé.

Malgré ce plaidoyer, les autorités françaises déportèrent le chef des Rifains à la Réunion. De plus le chef de l’insurrection rifaine demanda que les civils soient épargnés. Il n’en fut rien puisque, du côté des civils rifains, le nombre victimes fut estimé à 150 000 durant les années 1925-1926.


La lutte anti-coloniale au Caire


Le 31 mai 1947, après plus de 20 ans d’exil forcé à la Réunion, l’ Emir Abd el-Krim trouva refuge en Egypte alors qu’il venait de s’évader du bateau que les autorités françaises avaient affrété pour le ramener au Maroc. Le gouvernement français voulait utiliser Abd el-Krim comme moyen de pression contre le Sultan Mohammed V jugé, par les autorités coloniales, trop complaisant avec les nationalistes de l’Istiqlal. En Egypte, « le champion de l’Islam »[3] demanda asile et protection au roi Farouk.

Ce dernier la lui accorda sous la pression des Frères Musulmans qui réclamaient, alors, la rupture des relations diplomatiques avec Paris. Pour le Parti du Peuple Algérien, l’évasion de l’Emir Abd el-Krim était un évènement d’importance dans la lutte anti-colonialiste au Maghreb : « l’évènement d’une haute portée politique, a eu pour effet immédiat de mettre la question nord-africaine au 1er plan de l’actualité »[4]


Au Caire, l'Emir Abd el-Krim reprit son activité politique et se posa en chef de la résistance maghrébine face aux puissances coloniales françaises et espagnoles. Dans la capitale égyptienne, où il avait rencontré Allal el-Fassi, arrivé le 25 mai de la même année, il proclama sa fidélité au sultan chérifien dans sa lutte pour la reconquête de l'indépendance du Maroc. Lui qui s'était dressé contre la soumission du père de Mohammed V, soutenait le jeune sultant afin de créer une véritable unité nationale pour la libération totale du pays.

Dans la capitale égyptienne, l’Emir Abd el-Krim ne s’intéressait pas uniquement à l’avenir du Maroc mais à l’ensemble du Maghreb. Ainsi, il fonda, avec l’aide d’étudiants maghrébins, les commandos nord-africains qui avaient pour but de former des cadres militaires dans la perspective d’une insurrection généralisée des 3 pays du Maghreb[5].


A côté de cet activisme militariste, l’Emir Abd el-Krim cherchait à fédérer les différents mouvements nationalistes maghrébins en vue de coordonner la lutte anti-colonialiste dans les 3 pays. C’est dans ces conditions qu’il fonda, le 9 décembre 1947, le « Comité de Libération du Maghreb Arabe » au Caire. Abd el-Krim, « le Héros National du Maghreb Arabe »[6], fut élu président du Comité dont il avait été le principal architecte alors que la Vice-Présidence revenait à son frère M’hamed el-Khattabi. Autour de lui, le « Comité de Libération du Maghreb Arabe » regroupait Habib Bourguiba et le Docteur Habib Thameur pour la Tunisie, Allal el-Fassi, Abd el-Khalek Torres et Mekki Naciri pour le Maroc et Chadly el-Mekki pour l’Algérie. Seul le PPA représentait l’Algérie au sein du Comité. Le 5 janvier 1948, l’Emir lança un manifeste, contresigné par les représentants des principaux partis nationalistes maghrébins, afin de coordonner la lutte pour l’indépendance de l’ensemble de l’Afrique du Nord.

C’est dans l’effervescence qui entourait la question de l’unité de la lutte anti-colonialiste au Maghreb que le Comité de Libération du Maghreb Arabe chercha à faire valoir cette unité depuis le Caire. Pour le Comité, la libération des 3 pays qui était son objectif central, devrait aboutir à « l’évacuation des pays par les troupes d’occupations et la réalisation de leur indépendance totale et leur souveraineté nationale complète ». Le CLMA affirmait clairement son identité arabo-islamique. Selon lui : premièrement l’Afrique du Nord existait « par l’Islam, a vécu pour l’Islam et se guidera par l’Islam dans sa vie future » ; deuxièmement qu’elle était « une partie intégrante du Monde Arabe ». En cela, le Comité pouvait être considéré comme l’héritier des idées de « fraternité islamique » développées par Djamal ed-Din al-Afghani et du nationaliste arabo-islamique de Chekib Arsalan.


Pour le CLMA la lutte de libération nationale devait aboutir à « une indépendance totale pour les 3 pays ». Enfin, le Comité envisageait la possibilité de recours à la « critique des armes » puisque le CLMA prévoyait d’employer « tous les moyens possibles pour atteindre son but »[7].

Le CLMA, malgré la personnalité de l’Emir Abd el-Krim, succomba rapidement à des dissensions internes. Habib Bourguiba, le plus « occidentalisé » des leaders nationalistes maghrébins au Caire, supportait mal la prépondérance des éléments marocains au sein du Bureau du Maghreb Arabe et du Comité de Libération du Maghreb Arabe. En effet, Abd el-Krim el-Khattabi et Allal el-Fassi qui avaient tous deux effectué leurs études à l’université Qaraouiyin de Fès, possédaient une vaste culture arabo-islamique à même de favoriser leur contact et leur rapprochement avec les milieux politiques et culturels machreqiens en général et égyptien en particulier.


Cinq ans après son arrivée au Caire, Abd el-Krim déçu par l’échec du Comité de Libération du Maghreb Arabe et par l’attitude des leaders nationalistes maghrébins qui, selon lui, n’étaient pas à la hauteur de leur « mission historique », reprochait à ceux-ci « d’avoir amassé de l’argent pour le Mouvement national et de l’avoir dépensé à leur façon dans une lutte qui s’est limitée à la ville du Caire et l’impression de luxueuses publications »[8]

Malgré l’échec du Comité de Libération du Maghreb Arabe dans sa tentative de coordonner la lutte anti-colonialiste au Maghreb, l’idée d’une unification de cette lutte resta vivace au sein des différents mouvements nationalistes maghrébins.


Resté au Caire après la libération du Maroc en 1956 par opposition à la monarchie marocaine, l’Emir Abd el-Krim professait toujours les mêmes idées de solidarité intermaghrébine. Il n’était pas le seul Marocain à professer de telles idées mais c’était lui qui le faisait de la manière la plus radicale. Ainsi, le 4 mai 1956, il affirma son refus de voir la question de la décolonisation des 3 pays du Maghreb être traitée séparément : « Nous n’acceptons pas de solution de compromis en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Nous voulons l’indépendance totale ». L’Emir Abd el-Krim était partisan d’une solidarité active avec la révolution algérienne qui devait être pour lui le prélude à une révolution maghrébine permettant d’unifier les 3 pays. Il déclara refuser revenir au Maroc « avant que le dernier militaire étranger ait quitté le sol maghrébin » et dénonça avec violence la « trahison » des accords d’Evian.

A sa mort le 6 février 1963, le président Gamal Abd en-Nasser lui organisa des funérailles nationales. Depuis cette date, la dépouille de celui qui fut l’un des symboles de la résistance maghrébine à la colonisation, repose en Egypte. Récemment l’Instance Equité et Réconciliation a demandé son rapatriement au Maroc.


Annexe I [9]


Le Manifeste d’Abd el-Krim du 5 janvier 1948

Formation d’un Comité de Libération du Maghreb Arabe


Depuis qu’Allah nous a accordé la libération et nous a permis de nous réfugier auprès du grand roi Farouk, nous poursuivons nos efforts pour unir les opinions des dirigeants. Nous le faisons en vue de réaliser la coalition entre tous les partis du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie qui réclament l’indépendance et la constitution d’un seul front afin de poursuivre la lutte pour libérer nos pays du joug colonialiste.

Au moment où les peuples travaillent pour assurer leur avenir, les pays du Maghreb arabe étudient attentivement les moyens de recouvrer l’indépendance dont ils ont été spoliés et leur liberté perdue. Il est donc du devoir de tous les dirigeants maghrébins de s’unir. Tous les partis de l’indépendance doivent également se coaliser et s’aider. Seule cette méthode nous permettra d’atteindre la réalisation de nos buts et de nos aspirations. Les Etats colonialistes, malgré toute leur vanité, ont besoin d’appui et de coopération pour maintenir leur domination impérialiste.

A plus forte raison, nous autres avons besoin d’union. Nous méritons plus encore que justice soit faite et que les bases du colonialisme aveugle s’effondrent. Le colonialisme a été pour nous une calamité. Il a divisé nos opinions et a morcelé notre pays. Il a épuisé nos ressources et nous a entièrement subjugués. Il a dressé des obstacles pour nous écarter de la voie qui mène au progrès, et a tenté, par tous les moyens, de détruire l’ensemble de nos institutions sur lesquelles s’édifient la communauté arabo-islamique.


Je suis heureux d’annoncer que tous les partis maghrébins, dont j’ai consulté les chefs ou les représentants au Caire, ont marqué leur satisfaction à cet appel. J’ai obtenu leur assentiment pour la réalisation et l’expression de leur foi en son utilité pour l’accroissement de nos efforts et l’obtention de l’indépendance que nous souhaitons.

La période que nous avons employée à faire entendre cet appel a été pleine de fécondité et de bénédiction pour nos pays. Je me suis entendu avec les chefs et les représentants des partis, avec lesquels j’ai eu des contacts, pour former un Comité de libération du Maghreb arabe, groupant tous les partis de l’indépendance de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc. Son action s’inspirera des principes du pacte suivant :


1- Le Maghreb arabe doit son existence à l’islam. Il a vécu par l’islam et c’est selon l’islam qu’il continuera à se diriger au cours de son avenir.

2- Le Maghreb arabe fait indissolublement partie des pays arabes et sa collaboration avec la Ligue arabe est chose naturelle et nécessaire.

3- L’indépendance espérée pour le Maghreb arabe est une indépendance complète pour l’ensemble des 3 pays qui le composent : la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

4- Aucun autre but ne sera poursuivi préalablement à l’indépendance.

5- Aucune négociation sur des points particuliers avec l’occupant colonialiste, tant que durera le régime actuel.

6- Pas de négociation avant l’indépendance.

7- Il appartient aux partis membres du Comité de libération du Maghreb arabe d’ouvrir des pourparlers avec les représentants des gouvernements français et espagnol, à la condition de tenir le Comité au courant, point par point, de l’évolution de ces pourparlers.

8- L’obtention, par l’un des 3 pays de l’indépendance complète, ne dispensera pas le Comité du devoir de poursuivre la lutte pour la libération des autres.


Tel est le pacte que nous avons noué, qui inspirera notre conduite et dont les principes guideront notre action. Je lui ai donné mon agrément, avec mon frère Mohammed, de même qu’ont fait tous les chefs et tous les représentants des partis maghrébins dont les noms suivent :


- Le Vieux Destour (Tunisie)

- Le Néo-Destour (Tunisie)

- Le Parti du Peuple Algérien

- Parti Wahda (Maroc)

- Parti de la Réforme Nationale (Islah, Maroc)

- Parti Démocratique marocain (Choura)

- Istiqlal (Maroc)


Nous avons écrit à tous les autres partis pour leur demander leur accord définitif sur la constitution d’un Comité. Nous leur avons également demandé de ratifier le Pacte et de désigner officiellement leurs représentants.

Désormais, notre cause entre dans une phase décisive. Nous affronterons dorénavant les usurpateurs comme un seul bloc, se composant de 25 millions d’hommes rassemblés autour d’un programme et déployant leurs efforts vers un objectif unique : l’indépendance complète pour l’ensemble des pays du Maghreb arabe.


Nous nous emploierons à atteindre cet objectif, par tous les moyens, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos pays, chaque fois que nous en trouverons la possibilité. Désormais, l’occupant colonialiste ne trouvera plus l’opportunité de contrecarrer notre résolution. Il ne sèmera plus de discorde entre nous, en exploitant la multiplicité des partis et les divergences d’opinion pour nous asservir et consolider ses positions dans nos pays.

Nous considérons que, dans nos trois pays, notre cause est une seule et même cause. Nous affronterons le colonialisme, solidement unis. Nous n’accepterons aucune solution ne réalisant pas notre indépendance complète et notre souveraineté totale.

Nous espérons cependant que les Français et les Espagnols feront droit à nos revendications, sans effusion de sang. Sans doute auront-ils compris, grâce à leurs expériences passées, que l’emploi de la force et de la violence pour continuer à asservir nos patries et imposer le silence à la voix que nous élevons pour réclamer la liberté et l’indépendance est maintenant inopérante, et qu’il vaut mieux, dans leur propre intérêt, se hâter de dénoncer les chaînes du colonialisme, grâce à une compréhension mutuelle, qui permettrait de prendre en considération les intérêts respectifs de chacune des deux parties.

Mais s’ils s’écartent de cette voie, ils seront, certes responsables des modifications que nous apporterons à notre ligne de conduite ; car nous ne serons pas longs, si nous désespérons d’obtenir notre liberté par la compréhension et la persuasion, à l’obtenir grâce au sacrifice de vies humaines.


En proclamant la constitution du Comité de libération du Maghreb arabe, j’adresse aux peuples du Maghreb mes félicitations, espérant qu’Allah, le Très-Haut et le Tout-Puissant, les aidera dans leur lutte, affermira leur résolution et rendra durable leur union.

En adressant également mes félicitations et mes remerciements aux Etats et aux peuples arabes, pour l’aide qu’ils ont apporté à la cause de Maghreb arabe, je ne doute pas un instant qu’ils n’accueillent favorablement la constitution de ce Comité et qu’ils ne l’aident dans sa tâche.


Je me réjouis, pour terminer, de pouvoir féliciter nos frères, qui mènent le Djihad pour la Palestine-sœur, leur souhaitant la libération et les assurant de la collaboration de tous les pays maghrébins et de leur résolution de prendre toutes les dispositions pour participer à la délivrance de leur pays et pour la conservation de son unité et de son caractère arabe.


Le Caire, 5 janvier1948


Abd el-Krim


[1] Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche, Omnibus, Paris, 2002, page 130

[2] Les conséquences de l’utilisation de ces gaz se fait encore sentir dans la région.

[3] Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche, op. cit., page 318

[4] Bulletin intérieur du PPA-MTLD n°9, août 1947, CAOM 4I 9

[5] Un certain Mohammed Boukharouba, plus tard connu sous le nom de Houari Boumédienne, fut membre des commandos nord-africains de l’Emir Abd el-Krim.

[6] Cf. annexe I

[7] Cf. annexe I

[8] Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche, op. cit., page 319

[9] Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome II, , op. cit., page 914-916


Emir Abdelkrim el-Khattabi 1/2

bismi_lah

 

 

L'Emir Abd el-Krim el-Khattabi :


Héros musulman de la résistance à la colonisation

(partie 1/2)

abdelkrim

Le Maroc fut le dernier pays d'Afrique du Nord à être colonisé. La dureté de la conquête et l’appreté des combats n’en furent pas moins grands. Côté marocain, la résistance à la colonisation prit des formes différentes selon les moments et les lieux, elle fut une constante durant les 44 années d’occupation française. En 1912, au moment de l’instauration du protectorat, le Maroc était l’un des centres d’intérêt des puissances impérialistes depuis plus de 30 ans.

 

Par la convention de Madrid, en 1880, le Maroc reconnaissait le statut de nation la plus favorisée à la France, l’Espagne et l’Angleterre. En 1904, la France et Grande-Bretagne adoptèrent un accord secret sur le Maroc. La Grande-Bretagne reconnaissait à la France de droit de s’installer au Maroc contre la renonciation à toute présence en Egypte. L’accord marquait en fait le début du processus de colonisation du Maroc par la France. A la conférence européenne d’Algésiras sur le Maroc, le 7 janvier 1906, la France et l’Espagne reçurent des droits particuliers sur le plan économique ; notamment des droits spéciaux pour la police des ports marocains.


En Août 1907, les troupes françaises débarquèrent à Casablanca.

Quatre ans après, en mars 1911, un soulèvement berbère menaça le sultan qui fut délivré grâce à l’intervention des Français. Cette intervention fut le prétexte utilisé par les Français pour conquérir le Maroc. L’Allemagne, pour s’opposer à l’intervention française, envoya devant Agadir le pavillon de guerre Panther. L’Allemagne et la France qui se partageaient l’Afrique comme un gâteau, échangèrent 275 000 km² de territoire en Afrique équatoriale française contre la reconnaissance par le Reich de la liberté d’action de la République au Maroc.


Cela permit l’instauration du protectorat français sur le Maroc le 30 mars 1912. Parachevant la mise sous tutelle occidentale du Maroc, le 27 novembre 1912, l’Espagne se voyait confié 2 zones d’influence : l’une au Nord, la région du Rif, et d’autre au Sud, la région de Tarfaya et Ifni. Malgré cette mise sous tutelle, au Maroc, comme dans l’ensemble du monde arabo-islamique, la résistance à l’impérialisme occidental s’organisait.


Dans le monde arabo-islamique, l’avancée des puissances occidentales entraîna l’apparition d’un mouvement de renaissance nationale-culturelle, la Salafiyya, qui devait organiser la résistance politique et culturelle à l’impérialisme. Les idées de la Salafiyya pénétrèrent au Maroc par les pèlerins et les étudiants revenus du Machreq arabe, les livres et les revues, dans les grandes villes du pays.

Les lettrés prirent connaissance des idées de « fraternité islamique »(1) développées par Djamal ed-Din el-Afghani et reprises par Mohammed Abdouh et Rachid Ridha dans la revue el-Manar [le Phare]. Ces idées venaient régénérer un Maroc englué dans le conservatisme sclérosant et dans un spiritualisme qui s’était transformé en charlatanisme. Les « idées mortes » régnaient, alors que le pays était en proie à l’avancée des puissances impérialistes. La pensée d’al-Afghani devait inspirer dès le début du siècle l’action d’hommes voulant faire face aux défis du temps. Les idées de la Salafiyya de renaissance nationale-culturelle furent le soubassement intellectuel d’hommes qui purent les transformer en « levain » dans la lutte anti-colonialiste et anti-impérialiste au Maghreb.


Face à l’impérialisme occidental, les Marocains organisèrent leur lutte. Ne pouvant pas compter sur le sultan et sur makhzen (2) qui avait capitulé devant les puissances coloniales, la population Marocaine mena seule la lutte pour son indépendance. Menée par des hommes tels que El Hajjami, Akka Bouidmani, Moha ou Hamou Ezzayani, tué en 1921, Sidi Raho des Aît Seghrouchène, Moha Ou Saïd des Ait Seri, Ali Amhaouch, disparu en 1917, Moha N’Ifrouten Semlali mort en 1919, ou Moha ou Saïd assassiné en 1924, les tribus se battaient avec acharnement. Ils parvenaient à infliger de lourdes pertes aux armées impérialistes : à Ksiba en juin 1913, à El Herri en novembre 1914, à Bab El Mrouj en janvier 1915, à Skoura en janvier 1917 ou encore à Gaouz en août 1918.


Après la fin de la 1ère guerre mondiale, la France avait les mains libres pour terminer sa conquête du Maroc. Malgré sa supériorité militaire et le blocus, la France se heurta à la détermination des résistants dans le Moyen-Atlas, le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas. Repoussés vers les sommets des montagnes et les pitons décharnés, constamment bombardés et confrontés aux assauts de la Légion et des supplétifs « autochtones », les résistants marocains s’efforcèrent de lutter jusqu’au bout contre les armées impérialistes afin de préserver leur liberté. Le plus célèbre de ces résistants marocains fut sans aucun doute l’Emir Abd el-Krim el-Khattabi.


De l’administration espagnole à la batail d’Anoual


Fils de qadi, le chef de l’insurrection du Rif qui naquit vers 1882 au sein du clan des Aït Khattab,  l’une des fractions de la tribu des Beni Ouriaghel dans le Rif central, fut largement influencé par les idées des penseurs de la Nahdah en général et par la revue al-Manar en particulier. Abd el-Krim avait dans son enfance suivie un enseignement dans des zaouïas traditionnelles à Ajdir, sa ville natale, dans la province d’Al Hoceima, puis à Tétouan.


Il avait découvert les idées de la Salafiyyah en poursuivant ses études à l’université Qaraouiyine de Fès, de 1902 à 1904. Ces idées le convainquirent de l’impérieuse nécessité d’une réforme culturelle et religieuse alliées à une action politique et sociale seul moyen de faire face au défi de l’Occident impérialiste. Une fois ses études terminées et armé des idées de la Salafiyyah, Abd el-Krim s’installa à Melilla et devint rédacteur du journal de langue espagnole « Telegrama del Rif » en 1906.


Un an plus tard, il commença à travailler pour l’administration coloniale espagnole en devenant Secrétaire du Bureau des affaires indigènes avant d’être nommé qadi chef en 1914. Malgré son engagement au service de l’administration coloniale, Abd el-Krim n’avait sûrement pas oublié les idées Salafiys qu’il avait découvertes et appréciées à Fès. En 1917, il fut emprisonné pour avoir défendu l’idée que l’Espagne ne devait pas s’étendre au-delà des territoires déjà occupés, ce qui excluait en fait la plus grande parti du Rif.


Après cet emprisonnement et 5 ans après avoir été nommé cadi, en 1919, il quittait l’administration et retournait dans sa ville natale d’Adjir.

En fait, ce retour dans sa ville natale marqua le début d’une 2ème vie d’Abd el-Krim el-Khattabi. De là, il commença à mobiliser les Beni Ouriaghel, sa tribu d’origine, contre les espagnols. La violente répression menée par le général Manuel Fernandez Sylvestre, voulue par les autorités espagnoles, favorisa les ralliements des rifains à la cause du jeune chef. Aidé de son frère Mohammed, celui qui était devenu l’Emir Abd el-Krim commença à mobiliser et organiser les Rifains afin de mener la lutte contre les troupes d’occupations espagnoles.


En avril 1921, la réunion du Jbel El Qama scella l’accord d’union des différentes tribus rifaines dans leur lutte contre les conquérants ibériques. Par « le serment d’el Qama », l’Emir Abd el-Krim parvint à s’imposer aux délégués des tribus et à les engager à respecter les décisions prises en commun. L’investiture d’Abd el-Krim se déroula selon un rite qui rappelait la naissance du première Etat Islamique à l’époque du Prophète Mohammed (saws) telle qu’elle fut décrite dans le Coran : « Allah aime les croyants qui te prêtent serment sous l’arbre. Il connaît leur cœur et leur donne la paix et il les récompense par ses conquêtes ».


Cette unité, dans une région minée par les divisions et les luttes de clan, était nécessaire pour constituer un véritable front anti-impérialiste. Au début les moudjahiddines rifains se contentèrent d’escarmouches et d’actes de sabotages. L’Emir Abd el-Krim, avec ses petits groupes de combattants mobiles qui étaient dans la montagne rifaine comme « des poisons dans l’eau », inaugurait une technique de guerre qui allait faire le succès de toutes les armés de libération du XXème siècle : la guerre de guérilla. Reconnaissant la dette qu’ils lui devaient, Ho Chi Min et Mao Tsé-toung le nommèrent « notre précurseur »(3).


En 1921, les troupes espagnoles, pénétrant toujours plus profondément en territoire marocain, commencèrent à se rapprocher du secteur inoccupé du Rif. Face à cette avancée, Abd el-Krim envoya un message au général Manuel Fernandez Sylvestre, lui signifiant que le franchissement du fleuve Amekran serait considéré par les Rifains comme une déclaration de guerre. Le général espagnol se serait gaussé en apprenant le contenu du message du chef rifain.


En réponse, le général Sylvestre, installa un poste militaire sur le fleuve Abarran dirigé par le chef de bataillon Jésus Villar. Le jour même de leur installation, le 1ier juin 1921, les militaires espagnoles furent encerclés par les Rifains qui tuèrent 179 soldats ibères et forcèrent le reste à se replier.

Poursuivant son offensive, le 21 juin 1921, Abd el-Krim el-Khattabi lança une grande attaque à Anoual.

3 000 moudjahiddine rifains postés sur les hauteurs du Jbel Gourougou, au-dessus de Mellila, fondirent sur les soldats ibères. Les troupes d’occupations espagnoles furent littéralement écrasées ; plus de 15 000 soldats de l’armée espagnole y trouvèrent la mort, 700 furent faits prisonniers.


Devant ce désastre, le général Manuel Fernandez Sylvestre mit fin à ses jours. L’écrasante victoire des  moudjahiddine permit d’enflammer l’ensemble du Rif. Cette victoire était en totale rupture avec les précédents de Ksiba et d’El Herri, tant par son ampleur que par son rôle déterminant dans l’amorce d’un processus d’élaboration de structures étatiques de type révolutionnaire. L’autre bénéfice de la victoire fut la saisie d’une grande quantité d’armes légères et lourdes sur le champ de bataille déserté par les troupes espagnoles.


Pour l’Espagne, Anoual fut l’une des plus douloureuses défaites de son histoire. Les troupes espagnoles n’avaient pas seulement essuyé une défaite mais avaient perdu la face devant un adversaire jugé inférieur, techniquement mais surtout « racialement ». Dans un monde marqué par les préjugés racistes et ethnocentristes, Anoual était un symbole : c’était celui de la victoire des peuples de « couleurs » sur une nation « blanche » ; c’était l’écrasement de la croix par le croissant ; c’était la revanche de l’Orient sur l’Occident.


La victoire des moudjahiddine rifains venait mettre fin au mythe de l’invincibilité des nations occidentales. Dans les pays colonisés, cette victoire était perçue comme une revanche sur l’Occident après des dizaines d’années d’humiliation.


De fait pour l’Espagne Anoual était plus qu’une défaite. C’était une humiliation civilisationnelle. Cette déroute et la résistance des moudjahiddines rifains, poussa le général Miguel Primo de Rivera, à prendre le pouvoir le 13 septembre 1923, à Barcelone. Résigné, le roi Alphonse XIII l’appela à former un gouvernement et lui donna les pleins pouvoirs. Cela permit à Primo de Rivera de suspendre la Constitution, de dissoudre l’assemblée des Cortes et d’instaurer la censure. En Espagne, l’humiliation d’Anoual provoqua l’avènement d’une dictature militaire.


L’Emir Abd el-Krim et la République du Rif


Les victoires des troupes d’Abd el-Krim sur les forces impérialistes espagnoles créèrent un enthousiasme et un espoir dans l’ensemble du monde arabo-islamique qui était dans sa presque totalité sous le joug occidental. L’empire Ottoman venait d’être défait durant la première guerre mondiale et aucun pays musulman n’était en mesure de tenir tête à un Occident conquérant. Certains espéraient voir dans l’Emir rifain l’homme qui allait relever l’étendard de l’Islam pour lui rendre sa dignité perdue.


Selon Benyoucef Ben Khedda, « les espoirs de libération des musulmans s’étaient portés sur le héros rifain  avec d’autant plus d’empressement que son prestige était rehaussé à leurs yeux par le fait qu’il se réclamait de l’ascendance de l’illustre Omar Ibn-el-Khattab, le second calife de l’Islam. Chacune de ses victoires était accueillie par les algériens comme étant la leur, et chacune de ses défaites aussi. La guerre du Rif avait par ailleurs beaucoup sensibilisé la communauté algérienne en France. Elle joua un rôle appréciable dans la stimulation de sa conscience militante, au moment de la création de l’Etoile Nord Africaine »(4).


Après la victoire spectaculaire d’Anoual, Abd el-Krim renforça son pouvoir en créant un Etat, la République du Rif, avec un gouvernement et une administration centralisée. La République du Rif fut dotée d’une Présidence dévolue à Abd el-Krim el-Khattabi, d’une Délégation générale attribuée au frère d’Abd el-Krim, M’hamed el-Khattabi, d’un Ministère de la Guerre dirigé par Ahmed Boudra, de l’Intérieur conduit par le caïd Lyazid, des Affaires Etrangères octroyé à Azerkane, des Finances donné à Abd es-Salam el Khattabi, de la Justice et de l’Instruction confié au faqih Zerhouni.


Ces institutions étaient renforcées par l’application d’une justice unitaire qui interdisait les affrontements entre les différentes tribus au sein de la République. Cela était particulièrement important dans une région marquée par les solidarités claniques et où la logique de la vendetta se substituait souvent au droit. De plus, une intense action d’éducation était menée par des cadis et des fouqaha chargés d’expliquer le sens de la lutte et de mesures telles que l’interdiction du thé ou du tabac.


L’armée était calquée sur le modèle de l’ancienne armée marocaine. Les formations militaires, fortes de vingt à trente milles hommes, âgés de 16 à 50 ans, étaient divisées en « centuries » et subdivisées en groupes de 25 à 50 hommes assez bien équipés en armes saisies à l’ennemi ou achetées à l’étranger.

La proclamation de la République du Rif, à l’intérieur des frontières nationales du Maroc, remettait en cause l’autorité du sultan. L’Emir Abd el-Krim lui reprochait son manque de nationalisme et le fait de ne pas lutter pour la libération nationale du Maroc. La République du Rif représentait, aussi, une menace pour le  protectorat français. Dans un premier temps, les Français n’avaient pas été mécontents des revers infligés par les Rifains aux Espagnols auxquels ils avaient dû, sous la pression anglaise, céder environ 5% du territoire du Protectorat en 1912.


Par la suite, les Français changèrent de politique lorsqu’ils comprirent le danger qu’Abd el-Krim représentait pour eux. Le risque était pour les français de voir les moudjahiddines rifains embraser l’ensemble du Maroc et au-delà l’Algérie voisine. En 1924, le maréchal Hubert Lyautey, alors résident général qui venait de prendre les commandes des opérations militaires contre les insurgés rifains, déclarait que « l’établissement sur notre flanc de cet Etat musulman autonome, à la moderne, assuré d’appuis extérieurs, à base méditerranéenne, représente un très grave péril ». De fait, cela ne pouvait qu’entraîner l’entrée en guerre de la France contre les moudjahiddines rifains.


Les autorités espagnoles n’arrivaient pas à faire face à un nouvel Etat rifain de plus en plus sûr de sa force. Les soldats ibères n’étaient pas préparés pour faire face à la guerre menée par les montagnards du nord du Maroc. Ceux-ci, moins bien équipés techniquement, utilisaient toutes les ressources offertes par la topographie et par le climat qu’ils connaissaient parfaitement, pour mener leur lutte.

Leurs petits groupes de combattants extrêmement mobiles permettaient de contrôler l’ensemble du territoire de la République et en même temps de mener de nombreuses opérations sporadiques. De plus, une fois le combat terminé les moudjahiddines pouvaient se replier dans les villages ce qui compliquait les manœuvres de répression espagnoles. En 1924, les Espagnols qui n’arrivaient pas à faire face aux combattants rifains, se replièrent sur la côte marocaine et réorganisèrent leurs troupes.


Dans le même temps, la République du Rif et l’Emir Abd el-Krim devenaient les symboles de la lutte anti-impérialiste à travers le monde. Les mouvements de renaissance nationale-culturelle dans le monde musulman supportaient l’action de l’Emir rifain.


En France, le Parti Communiste qui suivait, alors, une politique anti-colonialiste, soutenait la résistance des Rifains. Dans un télégramme adressé à Abd el-Krim, publié dans L’Humanité, Jacques Doriot et Pierre Semard n’hésitaient pas à affirmer : « Groupe parlementaire, Comité directeur du PC, Comité national des jeunesses communistes saluent la brillante victoire du peuple marocain sur les impérialistes espagnols. Ils félicitent son vaillant chef Abdel-Krim. Espère qu’après la victoire définitive sur l’impérialisme espagnol il continuera, avec le prolétariat français et européen, la lutte contre tous les impérialismes, français y compris, jusqu’à la libération complète de sol marocain. Vive l’Indépendance du Maroc ! Vive la lutte internationale des peuples colonisés et du prolétariat mondial ! »(5).


De son côté, Abd el-Krim cherchait à obtenir des appuis aussi bien des forces qui dans le monde arabo-islamique luttaient contre l’impérialisme occidental, que des forces qui en Europe combattait les visés expressionnistes de leur propre pays. Ainsi, l’Emir rifain affirmait la distinction qu’il faisait entre les troupes coloniales espagnoles qu’il combattait sans relâche, et le peuple espagnols avec qui il espérait établir des relations amicales : « Le Rif ne combat pas les Espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol. Le Rif combat cet impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté à force de sacrifices moraux et matériels du noble peuple espagnol. (…) les Rifains luttent contre l’Espagnol armé qui prétend lui enlever ses droits, et cependant garde ses portes ouvertes pour recevoir l’Espagnol sans armes en tant que technicien, commerçant, industriel, agriculteur, et ouvrier »(6).



(1) Bennabi Malek, Vocation de l’Islam, Ed. Seuil, Paris, 1954, page 47

(2) L’Etat central marocain.

(3) En 1971, recevant une délégation du Fatah, Mao Tsé-toung leur déclara : « Vous êtes venus pour que je vous parle de la guerre populaire de libération alors que, dans votre histoire récente, il y a Abd el-Krim, qui est une des principales sources desquelles j’ai appris ce qu’est la guerre populaire de libération. »

(4) Ben Khedda Benyoucef, Les origines du 1er Novembre 1954, Ed. CNER, Alger, 2004, page 34

(5) L’Humanité, 11 décembre 1924

(6) Lettre d’Abdelkrim à Luis de Oteyza, Directeur de La libertad, en 1922


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